Armée zapatiste de libération nationale
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L'Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional, EZLN) est une armée révolutionnaire basée au Chiapas, l'un des États les plus pauvres du Mexique. L'EZLN affirme représenter les droits des populations indigènes du Chiapas, et est aussi en Europe un symbole de la lutte anticapitaliste. Le nom du groupe vient du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata. Ils se considèrent comme ses héritiers et les héritiers de 500 ans de résistance indigène à l'impérialisme.
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Caractéristiques
L'EZLN diffère des groupes révolutionnaires classiques. À l'exception du soulèvement qui eut lieu durant les deux premières semaines de 1994, il n'y a pas de situation connue où ils aient fait l'usage d'armes ou commis des attentats et ils sont principalement restés au Chiapas. Ils refusent d'utiliser les canaux classiques de communications préconisés par le gouvernement pour exposer leurs griefs (prendre la forme d'un parti politique par exemple). Selon eux, ce type de canal a montré son inefficacité pour les indigènes depuis longtemps (500 ans selon eux). C'est de ce constat que provient leur slogan : ¡Ya Basta! (« C'en est assez ! », « Ça suffit ! »). En certaines occasions, quelques zapatistes se sont publiquement rendus à Mexico, manifestant dans les rues, organisant des conférences de presse et recontrant des groupes politiques. La plus importante des marches sur Mexico (décrite plus bas) resta relativement calme, à l'exception de quelques incidents, principalement verbaux. L'attitude pacifiste du mouvement est une des raisons de la longévité de l'EZLN et de la relative popularité qu'elle rencontre au sein de la population civile.
Histoire
Le groupe a été formé le 17 novembre 1983 par d'anciens membres de différents groupes, certains favorables à la lutte armée, d'autres pacifistes. Puis, le 1er janvier 1994, eut lieu l'insurrection indigène. Ce soulèvement a eu lieu au lendemain de l'entrée en vigueur de l'ALENA entre les États-Unis d'Amérique et le Canada. Les zapatistes déclarèrent plus tard que c'était leur façon de dire, au milieu de cette mondialisation, « nous sommes toujours là ».
Les combattants indigènes masqués prirent le contrôle de cinq municipalités du Chiapas, déclarèrent leur volonté de combattre le gouvernement mexicain et annoncèrent leur volonté de marcher sur Mexico, la capitale du pays. Après quelques jours de combat, le président Carlos Salinas de Gortari proposa un cessez-le-feu et entreprit de dialoguer avec les rebelles.
Les négociations avec le gouvernement durèrent deux ans et se conclurent par la signature des accords de San Andrés sur les droits et culture indigène, qui spécifiaient des modifications à apporter à la Constitution dont le but était de garantir des droits spéciaux aux indigènes et de mettre en place l'autonomie réclamée par l'EZLN. Une commission de députés modifia légèrement le texte avec l'accord de l'EZLN.
Le président Zedillo se retira toutefois de l'accord en disant que c'était au Congrès que revenait la décision d'approuver l'accord. L'EZLN annonça que les promesses faites à la table des négociations n'avaient pas été respectées et se retira dans la forêt tandis que Zedillo augmenta la présence militaire au Chiapas pour éviter un élargissement de la zone d'influence de l'EZLN.
Après cela, la conflit porta sur l'arrestation de zapatistes. L'un des incidents les plus importants concerne le massacre d'Acteal où 45 personnes qui assistaient à une messe furent tuées par des inconnus. Les motivations et l'identités des agresseurs restent inconnues.
Le président Vicente Fox Quesada soumit le projet de loi COCOPA au Congrès — il s'agit en fait de modification à la Constitution — le premier jour de son mandat (le 2 janvier 2001) comme il l'avait promis dans sa campagne électorale. Le sous-commandant Marcos et d'autres sympathisants de l'EZLN décidèrent de se rendre à Mexico complétement désarmés pour parler devant le congrès et plaider pour les amendements à la constitution. Après avoir réalisé une marche dans sept États mexiciains où ils reçurent une importante couverture médiatique — ils étaient aussi escortés par la police pour éviter qu'ils ne soient attaqués — les représentants de l'EZLN (parmi ceux-là ne se trouvait pas Marcos) prirent la parole au Congrès dans une session controversée.
Peu après que l'EZLN fut retournée au Chiapas, le Congrès vota une version différente de la loi qui n'incluait pas les clauses concernant l'autonomie. Cette suppression fut expliquée par la contradiction entre l'autonomie et la Constitution (la propriété privée, le vote secret). Ces changements révoltèrent l'EZLN et d'autres groupes politiques. Ces changements devaient être approuvés par une majorité du gouvernement. Il y eut beaucoup de commentaires, positifs ou négatifs, par rapport à ces changements qui furent finalement adoptés.
Après cela, un recours constitutionnel fut traité par la Cour suprême fin 2002. L'arrêt établit que les changements constitutionnels ayant été menés par le Congrès et non par une loi, il n'était pas du ressort de la Cour suprême d'annuler ces changements, car ce serait une atteinte à la souveraineté du Congrès. Cet événement, ainsi que la victoire électorale de Vicente Fox en 2000 (la première victoire d'un membre de l'opposition depuis soixante-dix ans) ont, de l'avis général, ralenti le mouvement, qui apparut rarement dans les media après 2001.
Ce long silence prit fin en février 2003. Le porte-parole du mouvement, le sous-commandant Marcos, présenta plusieurs éléments détaillant la situation des indigènes et le travail effectué par des groupes de résistants dans douze régions du pays.
Depuis décembre 1994, les zapatistes ont peu à peu constitué des communes autonomes, indépendantes de celles gérées par le gouvernement officiel. Marcos décrit comment ces communes ont pris en charge la gestion des droits des indigènes. Ainsi, ces communes proposent aux habitants des services de santé gratuits, des écoles, tout cela étant supporté en partie par des ONG. Plusieurs comités ont été créés pour veiller à la bonne marche du système. Ces comités, gérés par l'EZLN, s'assurent de l'absence de corruption, d'abus de pouvoir, ainsi que de la bonne application des règles zapatistes : mandar obedeciendo (« Gouverner en obéissant au peuple »). Les mouvements libertaires européens applaudissent à la création de ces communes qui permettent de lutter contre l'inefficacité du pouvoir central et de répondre aux besoins élémentaires des habitants.
Communications
L'EZLN accorde une priorité très importante à la communication, avec le reste du Mexique mais aussi le reste du monde. Dès leurs premières actions publiques, ses membres réalisèrent des déclarations et des analyses qu'ils firent parvenir aux médias locaux, nationaux et internationaux. Ils ont aussi fait une utilisation importante de la technologie, les téléphones satellites et Internet leur ont servi à communiquer avec des sympathisants d'autres pays, les aidant ainsi à gagner la solidarité internationale et le soutien d'autres organisations. Durant une certaine période, lors de chaque voyage à l'étranger, le président mexicain était interrogé sur la « situation au Chiapas ».
Leur porte-parole est le sous-commandant Marcos, un homme d'âge moyen, fumeur de pipe qui est, selon le gouvernement mexicain, un ancien professeur d'université du nom de Rafael Sebastián Guillén Vicente. Marcos nie ceci mais garde son identité secrète. Ceux qui le critiquent s'interrogent sur ses buts et motivations.
Son goût prononcé pour la pipe est connu et lors d'une rencontre entre lui et José Bové, les deux hommes ont échangé deux pipes.
Idéologie
L'EZLN clame que la plupart des indigènes veulent laisser derrière eux les siècles de pauvreté, d'abus et de manque d'éducation. Mais qu'ils souhaitent en même temps conserver ce qu'ils jugent positif dans leur mode de vie, ce qui inclue la propriété communale ainsi que les élections publiques des autorités.
L'EZLN se bat pour l'autonomie des populations indigènes. Ses membres souhaitent la création d'une société où les communautés puissent s'autogouverner, tout en recevant une aide extérieure dans les domaines où cela est nécessaire.
Cette situation est très complexe. Le Chiapas est un état très riche en termes de ressources naturelles, principalement au niveau du pétrole, de la biodiversité. Une très grande partie de l'électricité nationale y est produite. Cependant, la population de cette région est l'une des plus pauvres du Mexique. L'autonomie voulue par l'EZLN inclut le contrôle de ces ressources par les populations locales, ce qui entraîne une forte opposition au sein de certains groupes politiques.
Voir aussi
- Chronologie du Mexique ;
- Guerre civile ;
- Histoire du Mexique ;
- Listes d'articles sur le Mexique ;
- Mexique.
Lectures complémentaires
- Our Word is Our Weapon, sélection d'écrits du sous-commandant Marcos; ISBN 1-85242-814-7
- Profit Over People, Noam Chomsky; ISBN 1-888363-82-7
- Change the World Without Taking Power, John Holloway
- L'Etincelle zapatiste, Jérôme Baschet
- 20 et 10, le feu et la parole, Gloria Muñoz Ramírez
Liens externes
- www.ezln.org -- Communiqués de l'EZLN, certains en anglais
- ZNet Chiapas Watch/Zapatista Crisis page
- Indymedia Chiapas
- Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte, Paris
- Ya Basta!, Paris



