Circoncision

Un article de Freepedia.

Du latin ecclésiastique circumcisio (découper autour), la circoncision est une opération consistant en l'ablation du prépuce. Dans le judaïsme, la circoncision au huitième jour du garçon, en présence de dix hommes adultes (miniane) est un rite fondateur.
La circoncision se pratique aussi dans certaines communautés chrétiennes. Dans l'islam, où elle est pratiquée entre sept et treize ans, certains la tiennent pour une obligation et d'autres pour une forte recommandation.
Elle peut aussi l'être à des fins d’hygiène préventive ou médicales curatives (ce qui est controversé, voir ci-après). On estime qu'elle concerne actuellement un cinquième de la population masculine mondiale. C'est notamment dans le monde musulman, parmi la diaspora juive et aux États-Unis qu'elle est le plus pratiquée.
Qualifiée par certains de mutilation sexuelle et comparée à l'excision, la circoncision provoque souvent d'ardentes polémiques.

Sommaire

Les textes antiques

La circoncision est mentionnée au Ve siècle av. J.-C. par Hérodote, qui l’évoque dans le second livre de ses Histoires et en attribue la paternité aux Égyptiens. Cette paternité semble confirmée par de nombreux vestiges archéologiques, le plus ancien étant une gravure du tombeau d’Ankhmahor (entre -2301 et -2200) qui représente une circoncision pratiquée avec un silex sur un homme debout.

L’Ancien Testament fait d’Abraham et de sa famille les premiers circoncis ; lorsque Dieu apparaît à Abraham, il lui indique ainsi les termes de son alliance avec le peuple juif (Genèse, XVII:10-12) :

« Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire ta race après toi : que tous vos mâles soient circoncis.

Vous ferez circoncire la chair de votre prépuce, et ce sera le signe de l’alliance entre moi et vous.
Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. »

Alors âgé de 99 ans, Abraham se circoncit, impose l’opération à son premier fils Ismaël qui a 13 ans, ainsi qu’à tous les hommes et enfants mâles de sa maison. Il répète ensuite l’opération sur le petit Isaac, âgé de 8 jours.

Dans le Nouveau Testament, un seul des quatre évangélistes évoque de façon claire la circoncision du Christ. Il s’agit de Luc (II:21) :

« Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. »

En revanche, dans la plupart de ses Épîtres, Paul de Tarse, vivant en diaspora et en milieu helléniste, indique fréquemment que la circoncision n’est pas nécessaire :

« La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien; ce qui compte, c’est de garder les commandements de Dieu. » (Corinthiens, VII:19).

La circoncision fit l’objet d’une querelle entre hellénistes ou juifs hellénisés et juifs orthodoxes. Cette querelle avait été lancée dès l’avènement du roi Archelaus IV Épiphane qui préconisait l’hellénisation à outrance avec :

  • l’éphébie (préparation militaire supposant la gymnastique nu à la palestre),
  • donc l’abandon de la circoncision dont les Grecs faisaient honte aux juifs,
  • l’adoption de la langue grecque au détriment de l’araméen
Cette tentative échoua mais donna lieu à la guerre des Macchabées à laquelle font écho deux livres de l’Ancien Testament et deux apocryphes dont l’un a pour auteur Jason de Cyrène, juif de la diaspora au nom hellénisé.
Deux cents ans plus tard, Saint Paul prit position dans cette vieille querelle. Le débat se trouva alors clos dans le courant du judaïsme qui allait devenir le christianisme.

Religions et circoncision

  • Judaïsme :fidèle à la tradition des Hébreux, la religion juive pratique la circoncision le huitième jour de la naissance, sauf avis médical contraire. C’est au père qu’il incombe de préparer la cérémonie, qui doit se dérouler tôt le matin. La circoncision s’appelle en hébreu milah (coupure), mais l’expression complète est Brit milah, Brit signifiant Alliance. En effet, cette circoncision rappelle l’alliance promise par Dieu à Abraham et après lui à tout le peuple d'Israël.
Aux États-Unis, pays où la circoncision est extrèmement courante y compris hors de toute connotation religieuse, un mouvement minoritaire de juifs opposés à la circoncision (Jews against circumcision) préconise l'abandon de cette pratique; En fait, la circoncision est une des coutumes les plus vivaces du peuple juif, bien devant le respect du Chabbat ou de la nourriture cachère, ce qui donne raison à Spinoza qui écrivait : "Le signe de la circoncision me paraît d'une telle conséquence que je le crois capable d'être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif " (Traité théologico-politique, 1670)
  • Christianisme : Paul de Tarse est réputé (doctrinalement) être à l’origine de l’abandon de la circoncision, contre l’avis des judéo-chrétiens. Mais celle-ci est encore pratiquée par les Églises coptes d’Égypte et d’Éthiopie. À titre d’anecdote, on ajoutera qu’en Angleterre la reine Victoria, estimant que la famille royale descendait de David, fit circoncire ses enfants, notamment le futur roi Édouard VII. La coutume s’est perpétuée par la suite, mais la princesse Diana a refusé que ses deux garçons soient circoncis.
    • Un pays à majorité catholique, les Philippines, présente un taux de circoncision assez proche de 100 %, il semble que cette pratique culturelle remonte à des origines pré-hispaniques et ait été encouragée par la colonisation américaine (1898-1946), ces derniers mettant en avant le côté hygiénique. La méthode traditionnelle employée est plutôt une superincision sans ablation du prépuce qui se rétracte de lui même. Une très forte pression culturelle (stigmatisation des non-circoncis) explique la quasi-universalité de la pratique encore de nos jours.

(Les Philippines sont peuplées principalement par des ethnies malaises) En Polynésie française, un pays d'outre-mer à majorité chrétienne (mais où la répartition des confessions est de type "américain"), la superincision ou supercision est également généralisée dans les tous les milieux à dominante autochtone, pratiquants ou non. Elle y est considérée comme le pilier de l'identité masculine autochtone et l'état de non-circoncision fournit, pour les hommes, les premières insultes contre les éléments allochtones (ce qui revient à la très forte pression culturelle évoquée ci-dessus)... Compte tenu de la parenté Malayo-polynésienne, on doit s'attendre à ce que cette supercision soit répandue dans tous le pacifique chez les peuples malais et polynésiens, (voire mélanésiens et micronésiens ?).

  • Islam : pratiquée par tous les musulmans, la circoncision n’est pourtant pas préconisée par le Coran et semble correspondre à des rites préislamiques. Elle est mentionnée dans plusieurs hadîths (appelée khitân). Les oulémas se divisent en deux opinions au sujet de la circoncision : obligation ou forte recommandation. En Iran, elle a lieu le plus souvent le jour même de la naissance. Ailleurs, l’âge où l’enfant est circoncis est très variable, même si le plus souvent sept ans est considéré comme le meilleur âge. L’essentiel est en tout cas que l’opération ait lieu avant la puberté.
  • Bouddhisme et Confucianisme : les pays asiatiques de tradition bouddhique, confucéenne, shintoiste, etc., ne connaissent pratiquement pas la circoncision en dehors des cas médicaux. Seule la Corée du Sud fait exception à cette règle. Dans ce pays, elle était inconnue avant 1950. C’est l’influence américaine présente à cause de la guerre de Corée qui en assura la promotion arguant de bienfaits médicaux non démontrés, par la suite des campagnes de presse vantant le gain en performance sexuelle, sans doute répandues sur un terreau culturel particulièrement réceptif, relayèrent ces arguments et permirent l'émergence d'une mode socialement valorisante.

Ainsi vers 1970, seulement 5% des conscrits du service militaire étaient circoncis alors qu’en 2000, c’est 80% des conscrits qui l’étaient. Au début effectuée à tous âges, l’opération a tendance maintenant à devenir néo-natale. On se retrouve ainsi dans une situation proche de celle des États-Unis des années 60.

  • Religions animistes : en Afrique noire, la circoncision, tout comme l'excision et l'infibulation pour les femmes, est le plus souvent antérieure à la venue de l’Islam, mais elle s’est confondue avec lui là où il s’est implanté. Elle est également pratiquée par plusieurs peuples polynésiens et par certains aborigènes australiens.

"Hygiène" et circoncision

C’est dans la très puritaine Angleterre victorienne que naquit, à la fin du XIXe siècle, l’idée que le prépuce, en lubrifiant le gland, favorisait la masturbation alors tant redoutée dans les familles. La circoncision devint donc un moyen d’assurer au jeune garçon "une meilleure hygiène physique et mentale". Des controverses existent sur la réduction de la sensibilité du gland chez les circoncis : certains (parmi ceux qui ont été circoncis à l'âge adulte) affirment qu'elle est alors très fortement diminuée, d'autres qu'elle ne change pas. La circoncision est souvent comparée à l'excision chez la femme. Mais chez l'homme il n'y aurait une ablation comparable que quand le frein est enlevé, le plaisir sexuel ne dépendant pas uniquement de la sensibilité du prépuce et de celle du gland.

Taux internationaux de circoncision

PaysAnnéeCirconcisions néonatales (%)
États-Unis200155,1% [1]
Canada1996/9717% [2]
Australie1995-9610,6% [3]
Nouvelle-Zélande19950,35%* [4]
Royaume Uni19980,4% [5]
Philippinesannées 1990+ de 70%* (âge + tardif)
Autres pays d'Europeannées 1990de 0% à 2%
*En Nouvelle-Zélande, la pratique de la circoncision existe, mais hors des hôpitaux
*Philippines, Aucune statistique officielle, mais les avis sont convergents [6]

Cette pratique de la circoncision s’étendit très vite aux autres pays anglo-saxons, notamment aux États-Unis et au Canada anglophone. Mais on y abandonna l’idée très controversée de lutte contre la masturbation au profit de notions hygiéniques : puisque le prépuce ne servirait à rien, sinon à favoriser le développement de microbes, d’infections urinaires et la formation d’un éventuel phimosis, autant le couper dès la naissance. La circoncision est alors présentée comme un "acte médical préventif" (plutôt que thérapeutique).

Ainsi, dans les années 1970, aux États-Unis, près de 80% des nouveaux nés mâle étaient circoncis (en baisse depuis). En Grande-Bretagne, la circoncision est passée de mode dès les années 1950.

L'indication de la circoncision pour des raisons d'hygiène est contestée [7]. Elle n'est pas non plus justifiée comme traitement chirurgical de certaines affections déclarées, comme le phimosis (cf listes de références médicales sur [[8]])

Selon une étude franco-sud-africaine exposée le 26 juillet 2005 à la troisième conférence sur les mécanismes de l'infection par le virus du sida (mais très contestée), les hommes circoncis auraient "jusqu'à 65% moins de chance d'attraper le virus du SIDA". L'organisation Mondiale de la Santé et ONUSIDA observent toutefois une grande prudence sur l'interprétation de cette corrélation. Le Monde, édition du 5 septembre 2005.

Évolutions médicales et juridiques

De tous temps, des enfants circoncis ont pu reprocher à leurs parents de leur avoir fait subir une opération non souhaitée et souvent ressentie comme une mutilation. Ces reproches, auparavant presque toujours « intériorisés », sont de plus en plus étalés au grand jour et aux États-Unis d’Amérique, beaucoup de circoncis n’hésitent plus à porter plainte contre le chirurgien qui a pratiqué l’opération ou contre leurs propres parents.

Il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres précis sur les incidences de la circoncision en matière de santé publique. Une étude statistique étatsunienne [9] menée sur la période 1940-1990 donne les chiffres suivants :

  • nombre total estimé de circoncisions :
65 863 000
  • nombre total estimé de complications post-opératoires :
entre 1 317 260 et 6 586 300
  • nombre total estimé de décès :
entre 131 et 2 744

On estime que chaque année environ 15 enfants meurent à la suite d'une circoncision, en Grande-Bretagne, pays où pourtant on circoncit peu.

La circoncision est clairement une mutilation de tissus sains et fonctionnels : elle supprime une partie notable des zones érogènes du pénis (muqueuse interne du prépuce, étendue parfois à la zone du frein), ainsi que tout ou partie du manchon de tissus qui doit demeurer mobile lors des érections, celui-ci ayant une importance primordiale dans la stimulation sensorielle liée à l'activité sexuelle (typiquement le va-et-vient du coït ou de la masturbation) par son action bio-mécanique. Lorsqu'il n'y a pas de peau mobile (pénis privé de prépuce) la stimulation se limite à une friction (mouvement essentiellement tangentiel) sur une surface de tissus insensibilisés par la kératinisation (ceux du gland et du restant de face interne du prépuce) et éventuellement tendus à l'excès. Dans un pénis intact, la stimulation est le fait de glissement de la zone de contact entre muqueuses (la surface interne du prépuce et la surface du gland, tissus non kératinisés) fortement pourvues en terminaisons nerveuses. La nature de la stimulation est altérée et la qualité (intensité, durée...) du plaisir ressenti est ainsi fortement diminuée du fait de la circoncision. Cette mutilation de tissus sains et fonctionnels est une violation du droit à l'intégrité physique lorsqu'elle est pratiquée sur des êtres humains non adultes, consentants et correctement informés. Elle ne serait justifiable médicalement que s'il n'existait pas de solutions alternatives et si la vie du patient était en jeu, comme n'importe quelle autre amputation.

Depuis quelques années, des techniques chirurgicales se proposent de réparer autant que faire se peut les organes endommagés par l'excision et la circoncision. Elles connaissent actuellement, pour ce qui est de la circoncision, un important développement.

En France, la circoncision est considérée en droit comme une mutilation sexuelle et donc passible de 20 ans de prison, pouvant être portés à trente ans de réclusion criminelle lorsque perpétrée par un ascendant. Elle constitue juridiquement un "acte de torture et de barbarie". Toutefois, la répression de la circoncision, contrairement à celle de l'excision, n'est pas courante ; les tribunaux ne sont saisis que lorsque les parents sont en désaccord ou quand la circoncision a provoqué des dommages irréversibles manifestes. [10]

Interprétation du rite

Hérodote expliquait déjà la circoncision par une prescription hygiénique. On a dit aussi qu'elle accroissait la vigueur sexuelle et la jouissance du mâle, comparaison subjective par essence et difficile à prouver. Inversement, le philosophe Philon d'Alexandrie voyait dans la circoncision une renonciation symbolique aux péchés de la chair. Une autre interprétation religieuse fait de ce rite une forme édulcorée de sacrifice : plutôt que d’offrir son corps entier à la divinité qui lui a donné la vie, l’homme lui fait présent d’une petite partie de sa chair.

On voit aussi dans la circoncision et l’excision une façon d’affirmer la virilité d’une part (par la suppression du prépuce masquant le gland), et la féminité de l’autre (par l’ablation du clitoris, perçu comme une sorte de pénis féminin sur la base de son apparence externe). Si cette interprétation est aujourd'hui largement rejetée en ce qui concerne l'excision, elle est controversée quand à la circoncision, admise par ses défenseurs, et rejetée par de nombreux opposants à la circoncision qui pensent, par exemple, que le fait d'enlever un élément de l'organe sexuel lui enlève de la virilité et la ressentent symboliquement comme une castration.

L’interprétation la plus fréquente, dans les civilisations où la circoncision a lieu à la pré-adolescence, considére la circoncision comme un rite initiatique permettant à l’enfant de devenir adulte, son sexe étant assimilé à un serpent qui mue en perdant sa première peau.

Une autre interprétation doit être trouvée dans les civilisations voulant que l’opération ait lieu huit jours après la naissance. La Bible a-t-elle simplement cherché là un moyen de perpétuer un rite païen antérieur ? Plus fondamentalement, l'histoire d'Abraham, de Sarah et d'Isaac fonde la filiation légitime, reconnue par la société dès la naissance, et indépendante des liens biologiques et conjugaux, qui sont problématiques.

On pense aussi que le rite de la circoncision comme les interdictions alimentaires et les prescriptions vestimentaires ont pu être des moyens de marquer les communautés religieuses par des signes distinctifs ostensibles. D'ailleurs, dans le judaïsme, le "prélèvement" de la circoncision, également pratiqué pour la conversion de l'homme adulte, est souvent comparé à un droit de péage qu'il faut acquitter pour entrer dans le peuple juif.

Bibliographie

  • Sattouf, Riad. Ma circoncision, Bréal, 2004, collection Bréal Jeunesse. ISBN 2-7495-0259-4. Livre illustré, destiné à la jeunesse (mais pas aux enfants trop jeunes a priori) qui fit scandale à sa sortie et qui raconte la cruauté et l'absurdité de la circoncision telles que l'a vécue l'auteur dans le contexte socio-politique de la Syrie des années 1980.
  • Dominique Aubier, La Mission Juive, éd. Qorban. ISBN 84-300-0839-X. Explication initiatique de la circoncision, du rituel, du sens des gestes.

Liens externes



Views
Outils personels
Boîte à outils
Autres langues
Autres Liens