Charles de Gaulle
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| Élu le | 21 décembre 1958 19 décembre 1965 |
| Mandats | 8 janvier 1959 - 8 janvier 1966 8 janvier 1966 - 28 avril 1969 |
| Prédécesseur | René Coty |
| Successeur | Georges Pompidou |
| Naissance | 22 novembre 1890 à Lille (Nord) |
| Décès | 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne) |
Charles André Joseph Marie de Gaulle (22 novembre 1890 - 9 novembre 1970), militaire de carrière et homme d'État français du XXe siècle.
Son patronyme ne contient pas une particule nobiliaire mais une forme dialectale de l'article ; on devrait logiquement l'écrire De Gaulle comme on écrit Le Châtelier, mais l'usage a consacré la minuscule. (Sur la famille, voir Famille de Gaulle)
Sommaire |
Éducation
- Né à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille catholique et cultivée, de Gaulle était le fils d'un enseignant d'école libre qui lui fit découvrir les œuvres de Barrès, Bergson et Péguy. Entré 119e sur 221 à l'École militaire de Saint-Cyr en 1908 après avoir fait ses classes préparatoires au collège Stanislas de Paris, il en sortit diplômé en 1912 - Promotion Fès - et rejoignit l'infanterie. Affecté au 33e Régiment d'Infanterie d'Arras, il est alors sous les ordres du colonel Philippe Pétain.
Première Guerre mondiale
- Lieutenant au début de la Première Guerre mondiale, il est ensuite promu capitaine en janvier. Blessé dès son premier combat à Dinant le 15 août 1914, il rejoint le 33e RI. sur le front de Champagne pour commander la 7e compagnie (!). Il est blessé à nouveau le 10 mars 1915 (main gauche), sur la Somme. Décidé à en découdre, il désobéit à ses supérieurs en faisant tirer sur les tranchées ennemies. Cet acte lui vaut d'être relevé huit jours de ses fonctions. Officier tatillon, volontiers cassant, son intelligence et son courage face au feu le distinguent au point que le commandant du 33e RI lui offre d'être son adjoint.
- Le 2 mars 1916, son régiment est attaqué et presque détruit par l'ennemi en défendant le village de Douaumont, près de Verdun. Sa compagnie est anéantie après un combat sans merci et les survivants encerclés. Il tente alors une percée et, pour la 3e fois, il est blessé, très gravement d'un coup de baïonette. Il se rend aux troupes allemandes, est soigné et interné.
- Après une tentative d'évasion manquée, Il est transféré au Fort d'Ingolstadt, en Bavière, un camp de représailles destiné aux officiers remuants. Il y croise le futur général Catroux, l'éditeur Berger-Levrault et le futur maréchal soviétique Toukhatchevski. Un « lamentable exil », c'est en ces termes qu'il décrit à sa mère son sort de captif. Pour tromper l'ennui, de Gaulle organise pour ses compagnons de captivité des exposés magistraux sur l'état de la guerre en cours. Mais surtout, il tente de s'évader à cinq reprises, sans succès, sa grande taille le rendant trop visible. Il est libéré après l'armistice. De ces deux ans et demi de captivité, il en gardera un souvenir amer, estimant être un « revenant », un soldat inutile qui n'a servi à rien. Il gardera toutefois de la Grande Guerre une élévation à la dignité de chevalier de la Légion d'Honneur (23 juillet 1919).
Seconde Guerre mondiale
- Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il est colonel, commandant le 507e régiment de chars, à Metz. Le 14 mai 1940, il fut désigné pour commander la nouvelle 4e Division cuirassée (5000 hommes et 85 chars) avec laquelle il exécuta une contre-attaque vers Moncornet, au nord-est de Laon. Le 1er juin, il fit fonction de général de brigade à titre temporaire. Le 6 juin 1940, Paul Reynaud le nomma sous-secrétaire d'État à la guerre. En tant que membre du cabinet il s'opposa à l'armistice et quitta la France pour l'Angleterre le 15 juin lorsque le maréchal Pétain prit le pouvoir (il désapprouvait la politique de Pétain qui cherchait à signer l'armistice avec les Allemands).
Appel du 18 juin
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- Le 18 juin, de Gaulle se préparait à parler au peuple français via la BBC, depuis Londres. Le cabinet britannique tenta de s'y opposer, mais Churchill le soutint. Depuis la France, l'appel du 18 Juin put être entendu à 19 heures. De ce jour, ce texte demeure l'une des plus célèbres allocutions de l'histoire de France. Ci-contre l'affichette placardée dans toute la ville de Londres, souvent confondue avec l'Appel, ce qui irritait fortement le général.
- Le gouvernement britannique avait au préalable proposé au ministre français de l'Intérieur Georges Mandel de passer en Angleterre et de lancer lui-même un appel. Mandel s'était par ses avertissements répétés contre les menaces du IIIe Reich — et en opposition à ce sujet avec son ami le président Léon Blum — signalé comme un homme d'État et de caractère. Mandel refusa de quitter la France pour ne pas prêter le flanc à une critique de désertion qui aurait aussitôt été exploitée (il était israëlite) et recommanda que ce discours fût confié à de Gaulle.
France Libre
- De Londres, de Gaulle forma d'abord et dirigea les Forces françaises libres. En France, de Gaulle fut condamné par contumace à la peine de mort en juillet 1940 pour trahison. Obtenant le ralliement de plusieurs possessions coloniales françaises, surtout en Afrique, il constitua la France Libre, gouvernée par son Comité National Français. Mais il fit surtout en sorte que la France reste présente dans le camp allié, par ses Forces françaises libres (FFL) qui continuèrent le combat sur les différents fronts. En outre, il stimula et obtint le ralliement de la résistance intérieure, grâce au colonel Passy, à Pierre Brossolette et à Jean Moulin, ce qui le conduisit à transformer la France libre en France combattante.
- De Gaulle est l'incarnation de la France pendant la Guerre. Il s'appuie dès juin 1940 sur la France Libre et n'a de cesse que de protéger les intérêts de la France dans la guerre et après le conflit. Il obtient ainsi de Churchill la signature de l'accord des Chequers (7 août 1940) par lequel la Grande-Bretagne s'engage à sauvegarder l'intégrité de toutes les possessions françaises et à la « restauration intégrale de l'indépendance et de la grandeur de la France ». Le gouvernement britannique s'engagea de plus à financer toutes les dépenses de la France Libre, mais de Gaulle insista pour que ces sommes soient des avances remboursables et pas des dons qui jetteraient une ombre, aussi ténue soit elle, sur l'indépendance de son organisation. Les sommes dites furent effectivement remboursées, et bien avant la fin de la guerre. Sur les questions de principes, de Gaulle était intraitable.
- Malgré les relations de confiance scellées par traités entre Churchill et de Gaulle, les deux géants eurent des relations parfois tendues, mais jamais malsaines. Et quand Churchill, à court d'argument lançait à de Gaulle « Mais vous n'êtes pas la France ! Vous êtes la France combattante, nous avons consigné tout cela par écrit », de Gaulle répliquait immédiatement : « J'agis au nom de la France. Je combats aux côtés de l'Angleterre mais non pour le compte de l'Angleterre. Je parle au nom de la France et je suis responsable devant elle ». Churchill abdiquait alors en poussant un « J'avais espéré que nous pourrions combattre côte à côte. Mais mes espoirs ont été déçus parce que si vous êtes si combatif que non content de lutter contre l'Allemagne, l'Italie et le Japon, vous voulez aussi combattre l'Angleterre et l'Amérique...» De Gaulle recadrait alors le débat en précisant « Je prends cela comme une plaisanterie, mais elle n'est pas du meilleur goût. S'il y a bien un homme dont les Anglais n'ont pas à se plaindre, c'est bien moi. ». Et, pour la petite histoire, Churchill avait surnommé De Gaulle « Jeanne d'Arc ».
- Les relations avec Roosevelt étaient plus problématiques car le président américain n'avait aucune confiance en De Gaulle. De fait, les deux hommes se détestaient. Un mot de De Gaulle à Churchill explique en partie l'attitude française face à l'arrogance américaine : « Je suis trop pauvre pour me courber ». Éventuellement, Roosevelt projetait de faire de la France un État totalement émasculé en détruisant sa capacité industrielle, et le projet de l' AMGOT allait d'ailleurs très loin dans cette direction, en traitant la France comme un vaincu, plutôt que comme une des puissances victorieuses. La haine de Roosevelt était tellement flamboyante (il considérait de Gaulle au pire comme un futur tyran, au mieux comme un opportuniste) que même ses adjoints finirent par en prendre ombrage, y compris le très pusillanime secrétaire des affaires étrangères Cordell Hull qui, finalement, se rangea aux côtés de la France Libre et de son chef. Certains pensent que l'une des raisons de ce revirement fut la crainte par les Américains d'un retournement la Résistance contre eux (alors même que le Débarquement était important) en cas d'occupation de la France.
Victoire
- Malgré son exclusion par Roosevelt du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (Opération Torch), et surtout malgré le soutien apporté par les États-Unis à l'amiral François Darlan, puis au général de groupe d'armées Giraud, de Gaulle réussit à prendre pied à Alger en mai 1943. Il y créa avec Giraud le Comité français de la Libération nationale (CFLN), pour unifier la direction de l'Empire libéré, et fut bientôt à sa tête. Le CFLN prit le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) en juin 1944, et se verra transféré à Paris libéré en septembre 1944.
- De Gaulle initia l'attribution du droit de vote aux femmes de France à la Libération. Cette réforme n'est que l'un des multiples aspects des réformes « gaulliennes » de la Libération, des nationalisations à la mise en place d'un système de sécurité sociale moderne, notamment (bien que pas autant que celui de l'Alsace, qui avait gardé depuis 1918 celui de Bismarck et le conserva donc). De Gaulle exposa sa vision de l'organisation politique d'un Etat démocratique et fort à Bayeux le 16 juin 1946, mais il ne fut pas suivi.
L'Après-guerre
- Après la guerre, il fut brièvement président du gouvernement provisoire à partir d'octobre 1945 mais il démissionna en janvier 1946, s'impatientant et désapprouvant la constitution de la Quatrième République. En 1947, il fonda un mouvement politique, le RPF (Rassemblement du Peuple Français) afin de transformer la scène politique française, mais il se retira de nouveau en 1953.
Le retour au pouvoir
Crise de l'Algérie
- À la suite des échecs de la Quatrième République en Indochine et Algérie, l'insurrection éclate à Alger et les putchistes civils et militaires organisent un Comité de Salut Public le 13 mai 1958 pour maintenir l'Algérie française. Celui-ci est récupéré par les gaullistes. Les élus de la nation reculent devant l'émeute et De Gaulle prend le pouvoir (plus tard il déclarera qu'il l'a simplement ramassé) et est nommé président du conseil le 1er juin 1958. Il obtint quasiment les pouvoirs du Constituant originaire. Il utilisa comme il l'avait annoncé ce pouvoir pour faire rédiger une nouvelle constitution selon les idées exprimées dans le Discours de Bayeux. Cette constitution met un terme à la "dictature parlementaire", responsable de l'instabilité des gouvernements et d'une politique chaotique. En septembre, un référendum approuva la nouvelle constitution à 83 %, marquant ainsi le passage à la Cinquième République. En novembre, de Gaulle gagna les élections législatives et obtint une confortable majorité. En décembre, il fut élu Président de la République avec 78 % des voix au suffrage indirect par plus de 80.000 grands électeurs.
Présidence de la République
- Charles de Gaulle prit ses fonctions de président de la République le 8 janvier 1959. Il prit de difficiles mesures pour revitaliser le pays, avec en particulier l'introduction du nouveau franc (valant 100 anciens francs).
- Sur la scène internationale, refusant la domination des États-Unis comme de l'URSS, il érigea une France indépendante, dotée de sa propre force de frappe nucléaire. Il mit en place également les débuts de la conquête spatiale française. En tant que membre fondateur de la CEE, il opposa son veto à l'entrée du Royaume-Uni.
- En ce qui concerne la guerre d'Algérie, de Gaulle réalisa rapidement qu'il n'était pas possible de la gagner et soutint l'indépendance de l'Algérie. Avec l'armée de conscription, il fait échec au putsch des généraux à Alger en 1961. Cette attitude provoqua de fortes résistances dans certains groupes nationalistes et de Gaulle fut obligé de réprimer des soulèvements de pieds-noirs en Algérie. Il fut alors la cible d'organisations terroristes telles que l'Organisation armée secrète (OAS) qui le surnommait la « Grande Zohra ». En 1962 il signa un cessez-le-feu en Algérie, et il emporta le référendum octroyant l'indépendance, ce qui fut fait en avril 1962.
- En avril 1962, le Premier ministre Michel Debré fut remplacé par Georges Pompidou.
- En septembre 1962, Charles de Gaulle proposa d'amender la constitution afin de permettre au président d'être élu au suffrage direct. La réforme de la constitution eut lieu, malgré l'opposition du Parlement.
- En octobre, l'Assemblée nationale vota une motion de censure contre le gouvernement Pompidou, mais le général refuse la démission que lui présentait le Premier ministre et choisit de dissoudre l'assemblée. Les nouvelles élections renforcèrent la majorité parlementaire gaulliste.
Politique étrangère
- De Gaulle dut attendre la fin du conflit en Algérie pour lancer réellement sa politique étrangère. En effet, le « boulet algérien » réduisait considérablement la marge de manœuvre française et, d'une façon ou d'une autre, il fallait avant toute chose mettre un terme à ce conflit. La politique de « l'indépendance nationale » est alors pleinement mise en application.
- En 1962, après l'attentat du Petit Clamart, de Gaulle comprend la nécessité de doter son successeur d'une légitimité à la hauteur de celle que l'Histoire lui à donnée. Il instaure donc l'élection direct par le Peuple du Président de la République. Malgré l'opposition de la gauche et des disputes juridiques, le référendum est un triomphe.
- Le 19 décembre 1965, il fut réélu président de la République pour un nouveau mandat de 7 ans. De Gaulle n'est élu qu'au second tour de l'élection, mis en ballottage par François Mitterrand et Jean Lecanuet avec 13 083 699 voix, soit 55 %. Il est vrai qu'il n'avait pas fait de campagne électorale. Ses adversaires lui reprochaient son nationalisme et tiraient argument d'une conjoncture économique déprimée en France. Internationalement, de Gaulle continua à promouvoir l'indépendance de la France : il refusa au Royaume-Uni l'entrée dans la CEE, il condamna l'aide militaire apportée par les États-Unis d'Amérique à la République du Viêt Nam (dite Viêt Nam du Sud) contre la rébellion communiste menée par le Viêt Minh (guérilla soutenue par le Nord-Vietnam), ainsi que la riposte israélienne au blocus du détroit de Tiran par l'Égypte, lors de la guerre des six jours, et en 1966 la France se retira du commandement militaire intégré de l'OTAN, expulsant les bases américaines de son territoire, tout en restant membre de l'Alliance atlantique.
- En ce qui concerne l'Europe, de Gaulle est partisan d'une « Europe des nations », où celles-ci devront conserver leur pleine souveraineté, et contre toute Europe supranationale.
- Le 14 décembre 1965, de Gaulle déclara : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien. » Pourtant, c'est bien l'Europe qui fixe le cadre de son ambition, une Europe qui va même « de l'Atlantique à l'Oural », gommant d'un trait le provisoire rideau de fer. En effet, le pivot de la politique étrangère française est le rapprochement avec l'autre poids lourd du continent : l'Allemagne. C'est le vieux rêve de la diplomatie française que répète ici de Gaulle, en tournant le dos aux « Anglo-Saxons ».
- On pourrait en effet s'étonner de l'intransigeance gaullienne vis-à-vis de la Grande-Bretagne, tout particulièrement. Pour de Gaulle, comme pour Churchill d'ailleurs, la Grande-Bretagne n'avait fait que son devoir en 1940, et il n'existait pas de « dette » française envers Londres liée à la Seconde Guerre mondiale. De Gaulle désapprouvait les relations privilégiées rapprochant la Grande-Bretagne des États-Unis depuis la guerre, ainsi que la préférence économique impériale qui jouait entre celle-ci et les Etats du Commonwealth, rendant ainsi difficile son admission au sein de l'Europe. Aussi l'entrée d'un tel « cheval de Troie américain » au sein de l'Europe lui paraissait-elle non souhaitable. Les Britanniques attendront donc 1973 avant de rejoindre l'Union Européenne.
- La position de De Gaulle face au monde communiste était sans ambiguïté : il était viscéralement anti-communiste, et avait, le premier, prophétisé la chute de ce système. "La Russie boira le communisme comme le buvard l'encre". Il prône la normalisation des relations avec ces régimes « transitoires » aux yeux de l'Histoire de façon à jouer le role de pivot entre les deux blocs. La reconnaissance de la Chine communiste dès le 27 janvier 1964 va dans ce sens, de même que son voyage en URSS de juin 1966.
- Les relations entre de Gaulle et les États-Unis sont assurément les plus épicées. Malgré quelques tensions vives, de Gaulle sera toujours au rendez-vous en cas de « vrai » coup dur : Berlin ou Cuba, notamment. En revanche, dès que les Américains franchissent la ligne jaune, le « policier » de Gaulle se fait un malin plaisir à dresser publiquement un procès verbal. On garde ainsi en mémoire le discours du 31 août 1966 à Phnom Penh vilipendant l'attitude américaine au Viet-Nam, un théâtre d'opération que la France connaissait d'ailleurs fort bien...
- C'est surtout en matière de politique étrangère qu'il convient d'introduire la notion essentielle pour comprendre la pensée gaullienne : « une certaine idée de la France ». De Gaulle puise sa force dans la connaissance de l'Histoire de France. Selon lui, le poids de cette Histoire est tel qu'il donne à la France une position particulière au sein du concert des nations. Pour lui, et pour nombre de Français, l'Angleterre et les États-Unis ne sont que des rejetons de la France... De même, il estimait l'institution de l'ONU comme dérisoire et la surnommait « le machin ».
Attentat du Petit-Clamart
- Un polytechnicien ingénieur de l'armement nommé Jean-Marie Bastien-Thiry considérait l'organisation de la scission entre France métropolitaine et Algérie, même ratifiée par référendum, comme une forfaiture. Il conçut avec l'aide de personnes partageant son point de vue (appartenant à un mouvement nommé OAS - Organisation armée secrète) de s'assurer de la personne de De Gaulle ou même, si ce rapt se révélait impossible, de le tuer.
- Un attentat fut organisé au Carrefour du Petit-Clamart, depuis un restaurant aujourd'hui disparu. Il échoua, bien que la DS présidentielle montrât une trace de balle passée latéralement à quelques centimètres des visages du couple présidentiel. « Cela aurait fait une belle fin », commenta de Gaulle en regardant le trou laissé par l'impact. Parce que Bastien-Thiry avait fait tirer sur une voiture occupée par une femme, il lui refusa tout recours en grâce.
- Notons néanmoins que, bien qu'il s'agît d'un échec, cela ne stoppa pas l'OAS et que, même aujourd'hui, des gens gardent une profonde haine à l'égard de De Gaulle et de sa politique algérienne.
Force de frappe
- Convaincu de l'importance stratégique de l'arme nucléaire, De Gaulle poursuit le développement de celle-ci, sous la protestation de l'opposition qui n'y voyait qu'une bombinette. La réponse de De Gaulle sera : « Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80 millions de Russes. Eh bien je crois qu'on n'attaque pas volontiers des gens qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer 800 millions de Français, à supposer qu'il y eût 800 millions de Français ».
- Le rôle des États-Unis dans cette affaire paraît étrange. D'abord farouchement hostiles à l'idée même que la France devienne une puissance nucléaire, les États-Unis concluent, un peu vite, que la France n'est pas de taille pour ce défi technologique. Kennedy avait ensuite promis une aide dans le domaine nucléaire suite au soutien français sur les affaires de Berlin et de Cuba, mais ne tint pas sa promesse... La question nucléaire empoisonna les relations franco-américaines durant toutes les années 1960. Il fallut attendre Richard Nixon pour trouver un premier président américain clairement « gaullien ». Nixon contourne d'abord les contraignantes législations américaines dans les domaines nucléaires avant d'ouvrir officiellement la voie de la collaboration nucléaire franco-américaine. Le gros du travail est déjà fait et les « bombinettes » françaises sont déjà fort efficaces.
- François Mitterrand s'opposant de façon virulente à la bombinette, De Gaulle ne se refusa pas le plaisir de confier la supervision du projet à son frère, Jacques Mitterrand. Ainsi, « Ce que l'un critique, l'autre l'assurera », indiqua-t-il.
Conversion des dollars
- Sur la recommandation de l'économiste Jacques Rueff qui voyait la guerre au Vietnam déséquilibrer la balance des paiements, de Gaulle demanda aux États-Unis la contrepartie en or d'une forte proportion des dollars détenus par la France. L'opération était légale, car le dollar était défini officiellement par eux comme correspondant à 1/35 d'once d'or. Règlements internationaux obligent, les États-Unis durent obtempérer et l'or fut transféré en France. En 1971 les États-Unis mettaient fin à la parité pour faire flotter le dollar. De 1973 à 1975, à la suite du choc pétrolier, les cours de l'or s'envolèrent. Le conseil de Jacques Rueff s'était montré bon à long terme.
Affaire du "Québec Libre"
Lors d'une visite d'État au Canada en 1967 afin de célébrer les 100 ans de la confédération canadienne, de Gaulle provoqua l'indignation des autorités fédérales canadiennes, lorsqu'à Montréal, devant une foule de plus de 100 000 Québécois, il ponctua son discours d'un retentissant : « Vive Montréal, vive le Québec... Vive le Québec libre! », salué par une ovation générale. Cela déclencha une crise avec le gouvernement canadien. À la suite du discours de De Gaulle, qui contenait un certain nombre de clins d'œil (« Mais après tout, on se sent chez soi, ici », « Je vais vous confier un petit secret que vous ne répéterez à personne : sur mon chemin, j'ai vu une atmosphère qui m'a rappelé celle de la Libération »), le Premier ministre canadien, Lester B. Pearson déclara ces propos « inacceptables ». De Gaulle fit répondre que le mot inacceptable était lui-même inacceptable et annula unilatéralement la visite prévue à Ottawa. Il repartit séance tenante en France, délaissant le croiseur qui l'avait amené, le Colbert — moyen de transport délibérément choisi pour lui permettre d'éviter le protocole qui commandait l'arrivée via la capitale fédérale, Ottawa, chose qu'il ne pouvait se résoudre à faire, ayant été invité par le premier ministre du Québec, Daniel Johnson (père), plutôt que par le gouvernement canadien. Le but de De Gaulle n'était pas de provoquer un « clash » entre le Québec et le Canada, mais plutôt de regonfler les « Français du Canada » face aux voisins anglo-saxons. Le grand homme déclara d'ailleurs dans la foulée de cette visite au Québec, « je leur ai fait gagner 30 ans ». Sur les critiques, il eut à peu près ce mot : « il y a trois catégories de gens que cela va embêter. Les diplomates, mais bon, eux on s'en occupe, les journalistes, mais eux on s'en fout car ils n'écrivent pas l'Histoire, et puis les Anglo-Saxons. Eux ne m'ont jamais aimé, alors... »
- Dans la perspective de la Seconde Guerre mondiale, cette déclaration fut ressentie comme injuste par les Canadiens anglophones qui avaient soutenu la France Libre, alors que les Québécois francophones, soucieux de l'indépendance du Canada vis à vis du Royaume-Uni, étaient moins enthousiastes pour participer à l'effort de guerre. Des envoyés de la France libre, Elisabeth de Miribel et le Capitaine de vaisseau Georges Thierry d'Argenlieu - dont le titre de supérieur majeur de la province des Carmes de Paris était censé lui valoir le respect des catholiques - tentèrent en 1941 de rallier les Canadiens à la cause du général de Gaulle, avec un succès tout relatif, puisque les Québécois votèrent majoritairement contre la conscription lors du plébiscite du 27 avril 1942, sans toutefois réussir à empêcher la victoire du « oui ».
- Charles De Gaulle a dit à Xavier Deniau, au moment d'embarquer à Brest, « Ils vont m'entendre là-bas, ça va faire des vagues! ». Une semaine au paravant, se confiant à son gendre : « Je compte frapper un grand coup. Ça bardera. Mais il le faut. C'est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. ». Puis, plus tard, dans l'avion du retour, se confiant à Bernard Dorin : « Ce qui vient de se produire, c'est un phénomène historique qui était peut-être prévisible mais qui a pris des formes que seul l'événement pouvait préciser. Bien entendu, j'aurais pu, comme beaucoup d'autres, m'en tirer par quelques courtoisies ou acrobaties diplomatiques, mais quand on est le général de Gaulle, on ne recourt pas à des expédients de ce genre. Ce que j'ai fait, je devais le faire. »
- Le gouvernement d'Ottawa dut dès cette époque traiter avec une attention particulière les revendications du Québec qui, fort de cet encouragement qui laissait présager un soutien fort de la France si besoin, commença à parler de faire sécession.
- Cet exemple est devenu aujourd'hui un cas d'école en théorie des jeux, au même titre que la crise des missiles de Cuba. Pour reprendre un mot prononcé par de Gaulle en d'autres circonstances : « Ils auraient voulu continuer à jouer tranquillement à la belote, mais je les ai obligés à jouer au poker, et là, je suis le plus fort ».
- Lors de sa traditionnelle conférence de presse de fin d'année, à l'Élysée, Charles de Gaulle justifia une fois de plus son geste d'éclat par un discours engagé, ponctué par un solennel « allons, allons, pour eux aussi, il faut que la France soit la France! ».
Mai 1968
- Les manifestations durant les grèves de 1968 furent un autre défi. De Gaulle était prêt à accepter certaines des revendications des manifestants. Il voulut faire approuver les réformes par référendum mais Georges Pompidou le persuada de dissoudre plutôt l'Assemblée nationale. De Gaulle l'annonça le 30 mai 1968, dans un discours radiodiffusé, comme l'appel du 18 juin ou l'intervention de 1960 pendant les barricades d'Alger. Les phrases étaient courtes, chacune ou presque une décision :
- « Étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j'ai envisagé, depuis vingt-quatre heures, toutes les éventualités, sans exception, qui me permettraient de la maintenir » (on savait que de Gaulle avait juste avant ce discours été voir en hélicoptère le général Massu à Baden-Baden)
- « J'ai pris mes résolutions. Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. »
- « Je ne changerai pas le Premier ministre, qui mérite l'hommage de tous. »
- « Je dissous aujourd'hui l'Assemblée nationale »
- « Je charge les préfets, devenus ou redevenus commissaires du peuple, d'empêcher la subversion à tout moment et en tous lieux »
- « Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution, à moins qu'on entende bâillonner le peuple français tout entier, en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on l'empêche de vivre, par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler. Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercées par des groupes organisés de longue date en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire, même s'il a déjà des rivaux à cet égard » (de Gaulle opposait sans doute ainsi le Parti communiste français aux groupes maoïstes, et le premier semblait déjà bien dépassé par les événements).
- La fin du discours mentionne au sujet d'une déclaration juste antérieure, et sans la citer, « l'ambition et la haine de politiciens au rancart » et affirme qu'après avoir été utilisés « ces personnages ne pèseraient pas plus que leur poids, qui ne serait pas lourd ».
- Après les discours un peu décevants qui avaient précédé, la France semblait retrouver son de Gaulle des grands jours. Une manifestation fut organisée pour faire pendant à celle du 13 mai 1968 et fut créditée d'un million de participants selon les organisateurs, trois cent mille selon la préfecture de police. Les élections de juin 1968 furent un grand succès pour les gaullistes qui obtinrent 358 des 487 sièges. Georges Pompidou fut remplacé par Maurice Couve de Murville au mois de juillet.
Le départ
Dans un référendum portant sur le transfert de certains pouvoirs aux régions et la transformation du Sénat, de Gaulle proposait d'introduire des représentants des organisations professionnelles et syndicales au sein des conseils régionaux. Mettant tout son poids dans le référendum, il annonça à l'avance son intention de démissionner en cas de victoire du « non ». Celui-ci, auquel s'était rallié Valéry Giscard d'Estaing l'emporta par 52,46 %, et de Gaulle annonça peu après minuit (00h11): « Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi ».
Charles de Gaulle prit donc congé de la République le 28 avril 1969, prit quelque repos en Irlande (d'où il vota par correspondance), puis se retira à Colombey-les-Deux-Églises, où il travailla à l'écriture de ses Mémoires, et où il mourut le 9 novembre 1970.
Une mort humble
- Son testament reste une dernière gifle d'outre-tombe aux conventions :
- « Je veux être enterré à Colombey ».
- « À mes obsèques, ni présidents, ni ministres ! » (Le ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing, s'y rendit tout de même en arguant que ce n'est pas en ministre qu'il venait, mais en simple Français). « Juste les Compagnons de la Libération » (ce qui incluait Jacques Chaban-Delmas et André Malraux). Tous les autres officiels, président Nixon compris, durent se contenter d'assister à une simple messe en son honneur au même moment à Notre-Dame de Paris. De Gaulle était le dernier des géants de la Guerre à mourir, et Notre-Dame rassembla les personnalités importantes du monde entier pour une simple messe.
- « Sur ma tombe : Charles de Gaulle, 1890-19... Rien d'autre »
- À la différence sans doute de certains hommes politiques de son époque (il y avait eu quelques scandales immobiliers), celui-ci n'a pas profité de son passage aux affaires pour s'enrichir. Sa probité était telle qu'il ne demanda, par exemple, pas le remboursement de ses frais d'hospitalisation pour la simple raison que c'était lui qui avait mis en place le système de couverture des soins de santé. Ses héritiers durent même vendre sa propriété de la Boisserie, à Colombey. Rachetée par une souscription, elle est aujourd'hui devenue le musée Charles de Gaulle.
Le souvenir
De nombreux bâtiments publics et rues portent son nom en France. En particulier la place de l'Étoile à Paris ainsi que l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Son nom a également été donné au dernier porte-avions en date, le Charles de Gaulle. Curieusement, quelques années après la mort de De Gaulle, beaucoup des hommes qui l'avaient critiqué de son vivant commencèrent à se réclamer de lui. Cela a permis à beaucoup de rappeler une phrase célèbre du Général de Gaulle : « tout le monde a été, est ou sera gaulliste ».
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Quelques échecs
Charles de Gaulle, avant comme après son entrée en politique, ne connut pas que des réussites, et ne perçut pas quelques changements radicaux de l'époque :
- Il échoua avant la guerre à faire bouger la classe politique pour faire accepter ses théories novatrices ("Vers l'armée de métier") en matière militaire. Ce fut l'ennemi qui les appliqua, sous le nom de Blitzkrieg (guerre-éclair, consistant en chars rapides protégés par une couverture aérienne)
- Il se sentit obligé de démissionner en 1946.
- La décolonisation fut ambiguë. Jacques Foccart fut chargé de récupérer discrètement ce qu'on abandonnait officiellement. C'est ainsi que se renforcèrent les "réseaux Foccart" qui ont été ensuite dénoncés par les pourfendeurs de la Françafrique.
- L'enlèvement de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka sur le territoire français, avec le concours de policiers français, est révélateur de l'ambiguïté, non de la décolonisation (jamais le Maroc n'avait été une colonie française ; il s'agissait d'un simple protectorat), mais des relations avec l'outre-mer.
- Si une majorité de Français changea d'opinion sur la question de l’Algérie française entre 1954 et 1962, certains autres ne pardonnèrent cependant pas à de Gaulle de s'être rallié à l’Algérie algérienne alors qu'il aurait prononcé en 1958 le slogan « Vive l’Algérie française » (en réalité, jamais dans ses grands discours, et peut-être une seule fois, dans un coin perdu d'Algérie, lors d'une inspection surnommée « Tournée des popotes »). François Mitterrand a connu un revirement analogue (plus tardif) sur la question algérienne. De ce fait, de Gaulle n'a guère été aimé de la plupart des Français originaires d'Algérie, qui, déjà, pendant la guerre, avaient été en majorité pétainistes, favorables à l'amiral Darlan ou au général Giraud.
- Mais, que l'on ait été pour ou contre la politique algérienne de Charles de Gaulle, on ne peut que déplorer la mauvaise gestion du cas des Harkis (Algériens de souche qui avaient combattu dans le camp français) : une grande partie d'entre eux ne fut pas transportés en France, et parmi ceux-là, beaucoup furent enlevés et massacrés par le FLN, et les derniers ne purent être hébergés que dans des camps de regroupement en France. Son ministre Joxe s'opposa à l'asile en France de certains, après pourtant que leurs chefs les eussent fait désarmer conformément aux accords de cessez-le-feu.
- De Gaulle ne prit jamais au sérieux le besoin d'un réseau téléphonique performant en France. Il le voyait comme la poste du riche (c'est aujourd'hui devenu, les coûts s'étant croisés, la poste du pauvre). Il revint à Valéry Giscard d'Estaing de faire installer pendant son seul septennat plus de téléphones que la France n'en avait installé depuis 1900, ce qui assura alors la prospérité de la société Alcatel.
- Les atlantistes jugent que son rapprochement avec les pays de l'Est de 1966 est remis en question par certains historiens et y voient une instrumentalisation de sa politique par les Soviétiques, instrumentalisation servant leur vision de la Guerre Froide et desservant celle des États-Unis.
- De Gaulle décréta en 1967 un embargo contre Israël, parce que cet État (qui ne s'équipait qu'en matériel français, et qui seul avait soutenu chaque année la France à l'ONU, alors que celle-ci y était sans cesse mise en accusation pour l'affaire d'Algérie), avait déclenché une guerre préventive (dite des Six Jours) contre l'Égypte et ses alliés. Cet État estimait son action justifée par une déclaration officielle du président Nasser annonçant sa destruction imminente, au congédiement unilatéral par ce dictateur des Casques bleus séparant les deux pays, et au blocus du détroit de Tiran, déclenché par le feu de l'artillerie égyptienne. Cette politique poursuivie par Georges Pompidou, successeur du général, n'a pas valu à la France de reconnaissance particulière des Etats pétroliers arabes ; certains, comme la Libye, ont même dirigé des opérations terroristes contre la France ; d'autres, comme l'Irak (laïque), se sont fait équiper par la France, mais en omettant de régler quelques factures.
- Le supersonique « Concorde », qu'il a imposé, fut un échec commercial à cause du boycott américain, puis des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Le projet Concorde avait bénéficié d'une priorité de réalisation par rapport au projet Airbus.
- Son dernier référendum, où deux questions étaient posées en même temps (accord sur la régionalisation et la réforme du Sénat) et où il cherchait à profiter de l'impulsion de Mai 1968 pour généraliser son initiative de participation des salariés au bénéfice des entreprises lui valut un abandon de soutien par la droite. Il n'obtint pas la majorité et abandonna le pouvoir.
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Anecdotes
- Le départ des troupes de l'OTAN eut pour les adolescents des années 60 une conséquence très dure : La disparition sur la bande FM de toute la musique rock qui était destinée aux familles (résidant en France) des soldats de l'OTAN. Commença sur la bande FM un lourd silence en matière de musique pop qui ne se desserra un peu qu'en 68 avec TSF 68 (l'ancêtre de FIP). Il y avait en tout et pour tout quatre stations sur toute la bande FM. Après quelques escarmouches dont celle de Radio Fil Bleu (giscardienne, mais dissidente), les ondes se libérèrent en 1981 sous François Mitterrand, pour le meilleur comme pour le pire.
- Interrogé par le mensuel Science & vie, le président de Mensa (le club des grands QI) en Angleterre déclara « Le Général de Gaulle réussirait sans la moindre difficulté les tests d'entrée à Mensa ». Sur la même question concernant la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, il refusa de répondre.
- Lors d'une visite en Afrique, la délégation fut soudain prise dans une nuée de moustiques. Vous ne vous grattez pas, Général?, s'enquérit la femme d'un diplomate. — Les moustiques, madame, ne piquent pas le Général de Gaulle répondit-il.
- La presse britannique (entre autres le Daily Mirror) prêta quelque temps à de Gaulle au début des années 1960 l'intention de rétablir en France la monarchie ! À l'origine de cette rumeur, une simple boutade de celui-ci au comte de Paris qui s'inquiétait de savoir qui lui succèderait, et qui s'était vu répondre : « Pourquoi pas vous, Monseigneur ? », mais qui fut sans doute prise au premier degré par des proches de l'intéressé. L'affaire paraissait si absurde en France qu'elle n'y fut reprise que par une presse spécialisée. On ignorait alors que ce que les uns prêtaient à un général français, un autre général — espagnol — était en train de le préparer avec le jeune prince Juan Carlos. De Gaulle n'avait, cela dit, rien contre la monarchie, mais l'estimait simplement devenue impossible en France.
Le jugement de l'histoire
Les années que Jean Fourastié a nommé les Trente glorieuses (1945-1975) ont laissé aux Français le souvenir d'une époque, sinon heureuse (deux guerres coloniales), au moins de croissance et — vers la fin — de prospérité. Nous ne sommes pas les plus riches, nous ne sommes pas les plus puissants, mais je vous garantis que nous sommes parmi les plus heureux, affirma Georges Pompidou lors de vœux usuels de nouvel an aux Français. Or la fin de cette période heureuse se trouve correspondre par coïncidence à peu près à celle du gaullisme : difficile dans ces conditions de séparer objectivement ce qui est dû à l'homme et à son dauphin désigné de ce qui est dû à l'économie, d'autant que les deux n'étaient pas exempts d'imbrication.
Le premier président de la Ve République apparaît en revanche aujourd'hui comme un des derniers grands fabricants d'histoire, qui a comme on le voit plus haut su souvent mener les événements au lieu de se laisser mener par eux. Son vocabulaire non conventionnel pour un homme politique de l'époque et de cet âge (culbute, chienlit), son humour (« Croit-on que je vais commencer, à soixante-sept ans, une carrière de dictateur ? »), son sens de la répartie (au cours d'une conférence de presse, il répondit à un journaliste dont la question était simplement « Comment allez-vous ? » : « Je vais bien, mais rassurez-vous, je ne manquerai pas de mourir »), son mépris affiché des partis politiques, sa défiance envers une droite qui ne l'aimait pas et le lui fit voir en 1969, comme envers une gauche qui n'avait jamais vraiment soutenu le projet de participation (des salariés aux bénéfices de leur entreprise) qui lui était cher, tout cela a conduit nombre de Français à ressentir pour lui, fût-ce tardivement, le même genre de sympathie qu'envers Jean Yanne ou Coluche. De Gaulle, c'était, dans un esprit très « Astérix » : Le petit qui n'a pas peur des gros. On ne s'étonnera pas de sa déclaration que son livre préféré était Cyrano de Bergerac. Et il fit un jour cette remarque ironique : « Au fond, je n'ai qu'un seul rival international : c'est Tintin. »
Citations
- « Comment voulez vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »
- « Je n'aime pas les socialistes parce qu'ils ne sont pas socialistes, Je n'aime pas les MRP parce qu'ils sont radicaux, Je n'aime pas mes partisans parce qu'ils aiment l'argent. » 1947
- « (..)il doit être évidement entendu que l'autorité indivisible de l'État est confiée tout entiére au président par le Peuple qui l'a élu, qu'il n'en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne soit conférée et maintenue par lui, enfin, qu'il lui appartient d'ajuster le domaine suprême qui lui est propre avec ceux dont il attribue la gestion à d'autres (..)»
Conférence de presse du 31 janvier 1964
- « Un pouvoir insurrectionnel s’est installé en Algérie par un pronunciamento militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. [...] Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer la route de ces hommes-là, en attendant de les réduire. J’interdis à tout Français et, d’abord, à tout soldat d’exécuter aucun de leurs ordres.» Il conclut : « Françaises, Français, aidez-moi ! ». 23 avril 1961.
- « Si les policiers n'étaient pas bêtes, ils ne seraient pas des policiers. » Cité par Ernest Mignon dans Les mots du Général.
- « La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave. » Discours du 27 Mai 1942.
- « La France ne peut être la France sans la grandeur. » Extrait de l'appel
- « Vive le Québec libre !. » Discours de l'Expo '67 à Montréal le 24 Juillet 1967.
Famille
Voir aussi : Famille de Gaulle.
Charles de Gaulle avait épousé le 7 avril 1921 Yvonne Vendroux (22 mai 1900 à Calais - 8 novembre 1979 à Paris), dont il a eu trois enfants :
- Philippe de Gaulle (28 décembre 1921 à Paris), amiral, puis sénateur.
- Élisabeth de Gaulle, née le 15 mai 1924 à Paris.
- Anne de Gaulle (1er janvier 1928 à Trèves - 6 février 1948 à Colombey-les-Deux-Églises), née handicapée mentalement.
Charles avait trois frères, dont deux ont été résistants :
- Xavier de Gaulle (1887-1955), prisonnier de guerre, puis résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il est le père de Geneviève de Gaulle-Anthonioz.
- Jacques de Gaulle (1893-1946), handicapé en 1926 après une encéphalite.
- Pierre de Gaulle (1897-1959), résistant, homme politique, puis administrateur de sociétés.
Un petit-fils de Charles de Gaulle porte son prénom, à ne pas confondre : Charles de Gaulle (1948-)
Œuvres
- La discorde chez l'ennemi (1924)
- Histoire des troupes du Levant (1931) écrit par le major de Gaulle et le major Yvon, avec le colonel de Mierry collaborant à la préparation du texte final.
- Le fil de l'épée (1932)
- Vers l'armée de métier (1934)
- La France et son Armée (1938)
- Trois études (1945) (Rôle historique des places fortes ; Mobilisation économique à l'étranger ; Comment faire une armée de métier) suivi par le Mémorandum du 26 janvier 1940.
- Mémoires de Guerre
- Volume I - L'Appel, 1940-1942 (1954)
- Volume II - L'Unité, 1942-1944 (1956)
- Volume III - Le Salut, 1944-1946 (1959)
- Mémoires d'Espoir
- Volume I - Le Renouveau, 1958-1962 (1970)
- Discours et Messages
- Volume I - Pendant la Guerre, 1940-1946 (1970)
- Volume II - Dans l'attente, 1946-1958 (1970)
- Volume III - Avec le Renouveau, 1958-1962 (1970)
- Volume IV - Pour l'Effort, 1962-1965 (1970)
- Volume V - Vers le Terme, 1966-1969
Sources et Bibliographie
- Maurice Agulhon, De Gaulle. Histoire, symbole, mythe, Paris, Plon, 2000.
- Serge Berstein, Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001.
- Paul-Marie Coûteaux, Le génie de la France. Tome I : De Gaulle philosophe, Paris, Éd. Jean-Claude Lattès. 323 p., 2002.
- Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre, Paris, Gallimard, 1996.
- Yves Maxime Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, Paris, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, 1963.
- Philippe de Gaulle, Entretiens avec Maurice Tauriac :De Gaulle, mon Père, Paris, Plon 2003.
- Vincent Jouvert, L'Amérique contre De Gaulle, Paris, Seuil, 2000.
- Henri de Kerillis, De Gaulle dictateur. Une grande mystification de l'histoire, Montréal, Beauchemin, 1945 (pamphlet contestable).
- François Kersaudy, De Gaulle et Churchill, la mésentente cordiale, Paris, Éditions Perrin, 2003. ISBN : 2-262-02019-1
- Jean Lacouture, De Gaulle, Paris, Éditions du Seuil, 1984.
- Jean Lacouture, De Gaulle, (3 volumes) : 1 — Le Rebelle (1890-1944), 2 — Le Politique (1944-1959), 3 — Le Souverain (1959-1970), 1984, 1985 et 1986. Paris, « Points Histoire », 1990.
- Dominique Venner, De Gaulle, la grandeur et le néant, Monaco, Éditions du Rocher. 300 p., 2004.
- Anne et Pierre Rouanet, Les trois derniers chagrins du général de Gaulle, Paris, Grasset. 480 p., 1980.
- Guy Forzy, Ca aussi, c'était De Gaulle, Dualpha, 2004
Annexes
Liens internes
- Charles de Gaulle (philatélie)
- Famille de Gaulle
- Gouvernement Charles de Gaulle
- Les partis politiques gaullistes
- Place de l'Étoile à Paris
Wikisource
- (fr) Appel du 18 juin (traductions : (en), (es))
- (fr) Discours du 30 mai 1968
Liens externes
- (fr) France, élection présidentielle 1965
- (fr) Fondation et Institut Charles de Gaulle
- (fr) Biographie très détaillée
- (fr) Centre d'information sur le gaullisme
- « Vive le Québec Libre! »
- « Vive le Québec Libre! », avec extrait video (attention : format Microsoft)
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