Bernard Stiegler

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Bernard Stiegler, né en 1952, est philosophe de formation.

Docteur de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, il est actuellement directeur de l'Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (Ircam). Préalablement, il a été directeur de recherche au Collège international de philosophie, professeur et directeur de l'unité de recherche qu'il a fondé en 1993 « Connaissances, Organisations et Systèmes Techniques » à l'Université de technologie de Compiègne (UTC) puis directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA).

Sommaire

L'œuvre

Philosophie et technique

Selon Bernard Stiegler la philosophie grecque se constitue en perdant la question de la technique. C'est en relayant ce qu'elle surnomme la technique a un simple dehors, que la philosophie crée ce dedans, cette enceinte de savoir plein a laquelle elle s'identifie. La philosophie s'articule en se démarquant de ce qu'elle surnomme la techné (le savoir creux), dont s'inspirent les sophistes. Ce dehors est supposé ne rien contribuer au savoir plein du dedans, et n'a par conséquent de statut que comme auxiliaire. Le philosophe peut bien se servir de la technique (de l'écriture, par exemple), mais la technique n'est pas supposée participer à la constitution de la vérité philosophique. La technique n'a rien d'original ou d'originaire, elle est toujours dérivée, et elle est donc la supposition même de l'origine (la vie et le savoir pleins).


Ce schéma dehors-dedans (à laquelle se lie l'opposition de la vie et de la mort) forme une grille qui fait que la philosophie ne peut que rater la technique au moment même ou la techné s'indique comme question. La technique, ce n'est rien. Il n'y a pas — et il ne peut y avoir — de philosophie de la technique, pour autant que le logos ne laisse aucune originalité à la technique. Toute « pensée » de la technique excède nécessairement les limites de la philosophie. Une approche « pensante » de la technique ne peut que toucher aux bords de la pensée, ne peut que mettre en péril les schémas philosophiques. Si la philosophie ne peut que rater la technique, c'est que celle-ci ne se figure qu'aux limites de la pensée, comme sa possibilité impossibilisante. La technique opère selon une logique qui perturbe la logique philosophique; elle ne peut donc s'approcher qu'aux limites. La part originaire de la technique dans la constitution de tout savoir est aux limites du pensable, et en appelle à une graphique aussi perturbante que celle de la supplémentarité, d'abord « théorisée » par Jacques Derrida dans son livre magistrale sur les vices de la lettre et de l'onanisme chez Rousseau, De la grammatologie.

La question de l'homme

Refondant la question de la techne comme étant l'essence même du devenir humain, Stiegler repense à nouveaux frais la question de la technique allant au-delà de la logique philosophique. Selon Stiegler, la technique doit être appréhendée comme une constituante anthropologique. La technicité participe originairement a la constitution de l'homme (l'hominisation). Pas de anthropos sans techne, en tant qu'origine anhumaine de l'humain. C'est pourquoi l'homme n'a d'essence que par accident : « L'homme est cet accident d'automobilité que provoque une panne d'essence.; » L'homme est ce vivant qui n'a de qualités que dans un ajout originaire d'artificialité. Son essence est faite d'artéfacts. Sa nature est originairement secondaire. Si l'essence de l'homme (sa destination, ses fins) est artéfactuelle, est elle toujours sujet de débat, de controverse, de polémique et meme de guerre : les hommes ne peuvent que se disputer sur leur qualités. La technicité de l'homme contient toujours le risque du combat, amicale ou belliqueux. Ce risque est sans fin. C'est ainsi que la constitution technique (ou factice) de l'homme fait la nature politique de l'homme : la technicité, c'est la question de l'essence de l'homme (fins, destination, origine : des questions philosophiques, donc), ainsi que la question politique (comment vivre ensemble ?).

Politicologie

Pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : Comment sauver le « capitalisme » et la productivité de la consommation contre tous les phénomènes destructeurs qui les menacent et conduisent à ce que le philosophe appelle « la guerre ». La mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements et des modes de vie s'attaquent ainsi à la singularité des individus et des cultures. C'est par le biais de la technique numérique, de l'américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme s'autodétruit en niant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.

Bibliographie

  • Passer à l'acte éditions Galilée
  • La Technique et le temps (3 tomes parus entre 1994 et 2001 : 1. La faute d'Epiméthée; 2.La désorientation; 3. Le temps du cinéma ou la question du mal-être) éditions Galilée
  • Aimer, s'aimer, nous aimer : Du 11 septembre au 21 avril éditions Galilée
  • Philosopher par accident éditions Galilée
  • De la misère symbolique, t. I : « L'époque hyperindustrielle » éditions Galilée
  • Mécréance et discrédit, t. I : « La décadence des démocraties industrielles » éditions Galilée
  • De la misère symbolique, t. II : « La catastrophé du sensible » éditions Galilée 2005
  • Constituer l'Europe, t.I "Dans un monde sans vergogne" éditions Galilée 2005
  • Constituer l'Europe t.II "Le motif Européen" éditions Galilée 2005

Cinéma

  • Participation au film The Ister (2004)

Liens externes

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