Athéisme

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L'athéisme désigne une attitude de pensée excluant la croyance en l'existence de divinité(s), étant ainsi en opposition avec le théisme ou le déisme.

Sommaire

Définitions

Étymologie

Le mot athéisme apparaît au XVIe siècle (première mention : François de Billon, Le Fort inexpugnable, 1555). Il dérive du mot athée et du suffixe -isme et qualifie donc « la doctrine de l'athée ».

Le mot athée (dans sa version française), remonte également au XVIe siècle (première mention : Jacques Peletier, Œuvres poétiques, 1547). Le mot vient de l'acception chez Platon de l'adjectif grec atheos (Αθεος) « qui ne croit pas aux dieux » (les dieux grecs) qui sera repris en latin chrétien par atheos « qui ne croit pas en Dieu » (le dieu biblique).

L'athéisme peut donc être défini étymologiquement comme « l'état ou l'attitude de celui qui ne croit pas en Dieu », dans un contexte monothéiste, ou plus généralement, comme « l'état ou l'attitude de celui qui ne croit pas aux dieux ».

Sens moderne

Autrefois, en Europe, l'Église (chrétienne) appelait athées ceux qui ne respectaient pas ou que partiellement ses dogmes. De nos jours, avec le développement des médias, les termes du langage acquièrent rapidement des sens élargis et on assiste à certains amalgames. C'est ainsi que l'on parle volontiers d‘athéisme pour décrire l'agnosticisme, le rationalisme, l'incroyance ou encore, le rejet de toute religion. À l'inverse l'Église (catholique) tend parfois à limiter l'athéisme au matérialisme pur.

Athéisme et agnosticisme

L'agnosticisme, (du grec a, privation, et gnosis, connaissance), est l'attitude selon laquelle ce qui dépasse les apparences sensibles (c'est-à-dire ce qui relève d'une connaissance des réalités dites métaphysiques) est inconnaissable, et qui, de ce fait, refuse de prendre position quant à ces questions. Ainsi, à la question « existe-t-il un dieu ? », l'agnostique répondra qu'il ne peut pas et ne pourra jamais savoir, alors que l'athée répond catégoriquement « non, dieu n'existe pas ».

Athéisme et rationalisme

L'athéisme ne rejette que l'existence des dieux (par exemple l'existence d'êtres supérieurs ayant un pouvoir sur le fonctionnement de la nature et la destinée des Hommes, selon une définition possible des dieux). Il ne rejette pas forcément l'existence de phénomènes dits "irrationnels".

Le rationalisme, lui, ne tient pour vrai que les hypothèses rationnellement défendables, ce qui n'exclut pas la possibilité de la foi. En effet, l'impossibilité même de prouver l'existence de Dieu a été tenue pour un motif sérieux de croyance : « Credo quia absurdum est », « Je crois parce que c'est absurde » (Apologétique, Tertullien).

Par conséquent, un athée n'est pas nécessairement rationaliste ; les rationalistes quant à eux peuvent adopter des attitudes très variées à l'égard de la foi : soit qu'ils croient après une analyse ayant conduit à l'existence de Dieu comme meilleure hypothèse, soit qu'ils s'abstiennent de se prononcer, soit qu'ils réfutent toute existence du divin...

Athéisme non-négationniste (qui ne se réfère pas à un dieu)

Pour Émile Littré, l'athée est, « celui qui ne croit point que Dieu existe. » et ajoute que « les Grecs distinguaient les prénoms athées (par exemple Platon) et les prénoms théophores (par exemple Dionysios) ». Un prénom "athée" est donc simplement un prénom "laïc", qui ne se réfère pas à la religion.

Cet exemple est représentatif d'un courant de pensée qui tend à réduire le champ de l'athéisme de « celui qui ne croit pas aux dieux » à « celui qui croit que les dieux n'existent pas ».

Athéisme et libre-pensée

Il faut également distinguer athéisme et libre-pensée. Un libre-penseur essaie de se détacher de tout dogme et de ne poser aucun a priori sur la connaissance. Un libre-penseur est donc athée au départ, et il peut le rester à l'arrivée de sa réflexion, mais il peut aussi aboutir à la conclusion qu'un certain type de divinité existe (et d'autre non).

Les athéismes

L'athéisme est l'absence de croyance aux dieux, ce qui est simple...Une fois qu'on a défini ce qu'on entend par dieux. Il y a donc deux attitudes athées possibles :

  • prendre une définition de la divinité (par exemple il existe dans la culture de chacun une définition usuelle de la divinité, que l'athée utilise, parfois sans même s'en rendre compte) et dire : " ceci n'existe pas".
  • prendre un objet qui existe (une source, un homme, le ciel, voire toute la Nature de Baruch Spinoza par exemple) et affirmer que ceci n'est pas un dieu.

Ces deux attitudes sont parfaitement illustrées par l'anecdote suivante : en 167 après J-C., à Smyrne, saint Polycarpe fut accusé d'athéisme dans un acte officiel romain. L'accusateur entendait par là que celui-ci ne rendait pas de culte aux dieux et en particulier à l'empereur (alors divinisé de son vivant). Conformément à la règle qui voulait qu'on laissât à l'accusé une chance d'abjurer son erreur, on lui demanda de crier « Mort aux athées », ce que fit Polycarpe, mais d'une façon montrant clairement qu'il désignait ainsi ses accusateurs (il fut aussitôt traîné sur le bûcher). Polycarpe affirmait que l'Empereur existait mais, trop commun, il n'était pas un dieu.

On pourrait donc considérer divers athéismes suivant les différents concepts rejetés ("je ne crois pas en ce dieu-empereur" comme dans l'exemple ci-dessus ou "je rejette l'existence du Dieu biblique" comme cela est le plus souvent le cas dans l'athéisme actuellement le plus répandu.)

L'athéisme humaniste

La négation de l'existence de Dieu ou des dieux et la négation de la possibilité de savoir s'il y a une telle existence soulèvent le problème de l'origine et de la fondation des valeurs suivies par l'homme. Une réponse possible, l'humanisme philosophique, consiste à faire de l'homme son propre critère, prenant ainsi en quelque sorte la place du divin. La formule la plus célèbre de cet humanisme : « l'homme est la mesure de toutes choses », formule de Protagoras, signifie que les valeurs humaines s'élaborent par la confrontation des discours, en dehors de toute référence à un dieu (Platon répondra dans les Lois que « le dieu est la mesure de toutes choses »).

L'athéisme scientifique

Napoléon : Et Dieu, dans votre système ?
Laplace : Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse

À l'époque où les connaissances scientifiques (plus particulièrement celles concernant les mécanismes de l'univers) en étaient encore à leurs balbutiements, le principe d'économie penchait plutôt en faveur du religieux qui apportait des réponses simples à comprendre aux questions complexes de l'humanité : la complexité était simplement renvoyée dans "l'autre monde", le monde divin .

Mais, inversement, depuis quelques siècles, la pensée athée se base également sur les sciences, pour écarter et même réfuter l'existence de Dieu(x).

L'exemple le plus pertinent est la théorie de l'évolution : elle permet de rendre compte de la complexité des êtres vivants sans intervention extérieure, divine, sans "grand horloger" pour règler l'impressionante machine que constitue la biosphère.

Par ailleurs, l'anthropologie, l'ethnographie, plus généralement toutes les sciences de l'Homme permettent d'expliquer les concepts religieux sans recourir à l'explication d'une intervention divine, ces concepts et le culte acquérant alors une valeur essentiellement symbolique, didactique, et sociale.

La science permet donc maintenant de construire une pensée aussi compléte que la pensée religieuse sans intervention de Dieu(x).

L'athéisme philosophique

L'attitude des philosophes à l'égard des croyances religieuses de leur temps a toujours été ambiguë et fut souvent mal perçue par les autorités politiques et religieuses. Rares sont en effet les philosophes, qui à l'instar de Pascal, ont fait le pari de considérer l'existence d'un dieu telle que celle-ci peut être révélée par une tradition écrite. C'est pourquoi Pascal parle avec mépris du Dieu des philosophes, expression ironique, puisque ce Dieu, comme le Dieu de Descartes par exemple, est si métaphysique qu'il ne paraît plus pouvoir se comparer que de loin au Dieu de la Bible. En effet, lorsque les philosophes reprennent l'idée de Dieu ou du divin à leur compte, ils la transforment à ce point qu'elle peut se trouver en contradiction avec la foi ou la tradition, et semble quelquefois se confondre avec l'idée de nature (Baruch Spinoza). À quelques nuances près, la réflexion philosophique occidentale tend en général à naturaliser le divin, à le ramener dans le monde, préparant ainsi la voie à un certain athéisme.

En ce qui concerne l'athéisme philosophique proprement dit, dont on trouve l'origine chez le philosophe grec Démocrite, il s'appuie sur des arguments variés, du domaine du relativisme, du rationalisme, du nihilisme, et même de la morale. L'athéisme refuse de postuler l'existence d'entités dont l'existence n'est ni prouvée ni observable, et souligne également l'immoralité éventuelle de cette existence (La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas, Stendhal). Il n'y a pas d'arguments valables pour soutenir la croyance en l'existence d'un dieu quelconque, qu'il soit conçu par l'homme (anthropomorphique) ou qu'il soit une abstraction métaphysique. Une partie de ce point est reconnue par Pascal lorsqu'il dit que l'argument ontologique ne convainc que ceux qui croient déjà. La croyance en un être surnaturel et suprême peut alors être suspectée de cacher quelque dévaluation implicite de la vie humaine, une expression de l'abandon des hommes à leurs craintes et de leur espoir que « quelqu'un » veille tout de même sur eux.

Les philosophes suspects d'athéisme, d'impiété ou d'hérésie furent parfois persécutés. Les Athéniens brûlèrent les livres de Protagoras et offrirent une récompense pour qui le tuerait. Platon observe dans ses écrits une sorte de black-out sur le matérialiste Démocrite. Cicéron, en revanche, rappelle qu'à son époque plus personne ne croit réellement qu'Atlas porte la voûte céleste sur ses épaules.

En 1600, Giordano Bruno fut brûlé pour sa théorie sur la pluralité des mondes habités, ainsi que des philosophes accusés de panthéisme. À partir des Lumières, qui s'inspirent de l'antiquité gréco-romaine, et jusqu'à aujourd'hui, plusieurs philosophes parvinrent à disserter avec liberté sur l'hypothèse de l'existence de Dieu ou des dieux, soit pour la remettre entièrement en cause, soit pour la reformuler. À titre d'exemple, la critique nietzschéenne du christianisme souvèle la question des fondements théologiques de la morale, critique qui aboutit à la négation de valeurs immuables et à la thèse de l'immoralisme du devenir, thèse également défendue par Spinoza. L'œuvre de Spinoza (notamment le Traité théologico-politique et l'Ethique) propose une philosophie matérialiste radicale et constitue l'une des critiques les plus remarquables du phénomène religieux.

(Pour un exposé didactique sur la philosophie de Spinoza et son impact historique, voir Les Lumières radicales. La philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité (1650-1750) (Editions Amsterdam, Paris, 2005)).

Citons Bayle, Holbach, Diderot, Schopenhauer, Stirner, Feuerbach, Nietzsche, Sartre, Comte-Sponville, Jiddu Krishnamurti, Albert Jacquard, Michel Onfray.

La réflexion philosophique ne conduit pas nécessairement à l'athéisme, elle peut aussi s'orienter vers le scepticisme ou agnosticisme, qui constate tout simplement l'impossibilité de se prononcer sur l'existence de dieu ou sa non-existence. Le sceptique ne veut en effet formuler aucune hypothèse dogmatique, ce qu'il exprime par l'expression pas plus ceci que cela (attitude cousine de l'hindouisme), ce qui se laisse reformuler ainsi : « je ne suis certain ni qu'il y ait des dieux ni qu'il n'y en ait pas »

L'athéisme philosophique n'est pas seulement la négation de l'existence de Dieu, mais la destabilisation de son statut de deité : Nietzsche : "Comment? l'homme serait une bourde de Dieu ? ou Dieu une bourde de l'Homme ?" (Le crépuscule des idoles)

En Europe, l'athéisme philosophique est la première forme d'athéisme qui fut tolérée par les autorités catholiques et la première reconnue par les intellectuels comme un athéisme positif. Le Dictionnaire de l'Académie française (8e et 9e édition) définit d'ailleurs seulement l'athéisme comme une « doctrine philosophique qui nie l'existence de Dieu ».

L'athéisme spirituel

Bien que spiritualisme et athéisme puissent sembler être deux notions antinomiques, elles ne le sont pas forcément. Si l'on considère l'athéisme comme la négation de l'existence des dieux, elle n'empêche en rien la croyance à d'autres formes de pensée abstraite. Ainsi, des religions dont les dogmes ne font pas intervenir la notion de divinité, peuvent, dans une certaine mesure, être considérées comme athées.

On peut citer, par exemple, le Panthéisme naturel.

Religions orientales

Pour un esprit occidental, la question de la définition de la divinité apparait (naturellement) au premier plan : faute d'une définition homogène de cette divinité, il est impossible de décider catégoriquement si les religions orientales (bouddhisme, jaïnisme, taoïsme, vedanta etc.) en sont bien (on préfère parfois les considérer comme des philosophies), et si oui, athées ou non.

Cette absence de définition homogène provient en grande partie d'une mauvaise connaissance du terrain religieux oriental de la part des Occidentaux qui l'abordent en général uniquement par les textes, on pourrait même dire uniquement par certains textes.

En fait, leur longue histoire, l'importance du nombre de leurs pratiquants, et parfois l'étendue géographique de leur domaine (bouddhisme et dans une moindre mesure taoïsme) les ont démultipliées en un grand nombre de variantes. Le bouddhisme, par exemple, présente plusieurs formes différant par le concept de la divinité et de son éventuel rôle sotériologique. On ignore en général que ce qu'on appelle le taoïsme est en fait composé d'une multitude d'écoles concurrentes se succédant sur presque deux mille ans, dont on ne connait que les principaux écrits, impuissants à représenter l'ensemble malgré leur importance. Beaucoup d'Occidentaux abordent de fait les religions orientales uniquement à travers leurs écrits philosophiques.

Ce qui semble clair, c'est que la notion de la divinité ne coïncide pas avec celle du dieu unique, transcendant, personnel et en même temps absolu des religions du livre ; la personnalisation et la tendance vers l'absolu peuvent évoluer indépendamment l'une de l'autre et l'immanence semble régner. Certaines formes religieuses ont pour figure centrale des guides spirituels, modèles à reproduire, et non des êtres d'un autre univers agissant sur le monde.

Certaines formes peuvent être classées dans l'athéisme spirituel au même titre que le panthéisme naturel.

L'athéisme passif

Lorsque l'athéisme n'est pas dicté par la raison, on parle d'athéisme passif ou d'athéisme faible. En fonction du niveau de conscience, cet athéisme peut être issu d'une simple sensation intuitive ou bien être aussi dogmatique qu'une doctrine religieuse. Ce type d'athéisme peut avoir des origines très diverses, souvent influencé par le milieu familial ou culturel. Si on admet que l'enfant embrasse souvent la religion de ses parents, on pourrait dire aussi sûrement qu'il embrasse souvent l'athéisme de ceux-ci.

L'athéisme passif peut avoir également comme origine l'indifférence face a la question de l'existence des dieux, ou encore praticité à se conformer à une opinion largement admise et mise en valeur.

Origine de l'athéisme

On ne peut comprendre les sources de l'athéisme sans comprendre celles de la croyance aux dieux. Les sociologues considèrent que le besoin de dieu prend ses sources dans la peur qu'éprouve l'Homme face à l'inconnu et aux forces de la nature qui le dépassent. Il est toujours plus facile de raisonner à partir d'hypothèses établies (même arbitrairement) que dans un système d'inconnues. Il ne faut pas perdre de vue que la croyance en des puissances de la nature vient de la peur de l'inexplicable ; les premières croyances se traduisirent par l'animisme. Pour limiter l'emprise de la peur sur la vie entière les hommes donnent une personnalité aux éléments de la nature (volcan, océan, pluie, fleuve,...) pensant que si leurs actions satisfont « les esprits » ils seront protégés. Au fil des millénaires ces croyances primitives se sont complexifiées pour engendrer des religions polythéistes aux panthéons extremement complexes.

Aujourdhui l'ignorance ayant régressé les croyances se limitent le plus souvent en l'existence d'un au-delà et en une explication de l'origine du monde. Cette régression de la foi n'est pas uniquement liée au progrès scientifique, il faut aussi tenir compte du rejet des abus des religions monothéistes, tel ceux de la papauté pendant la Renaissance (fastes du Pape, plusieurs morts de maladie vénérienne, vente d'Indulgences,...) qui ont conduit à sa remise en cause, donnant naissance au Protestantisme, mais aussi à des versions de plus en plus affaiblies de la foi chrétienne (panthéisme, agnosticisme, Déisme) et provoquant un regain d'atheisme.

En outre les guerres de religion entre catholiques et protestants, ont motivé de nombreux intellectuels contre la prédominance de la religion dans les affaires humaines, et pour la tolérance religieuse, dont bénéficièrent aussi les athées.

Athéisme et monothéisme

Athéisme et christianisme

A l'époque où le christianisme dominait la vie sociale (spirituelle, politique, intellectuelle, scientifique, etc.) d'une grande partie de l'Europe, l'athéisme était généralement considéré comme le rejet de cette religion en particulier. Bien que cela ait été le cas de certains athées humanistes (en opposition notamment aux Croisades et à l'Inquisition), l'antichristianisme ne représente qu'une petite frange des athées. Mais il faut signaler aussi l'importance de l'antichristianisme des Lumières, antichristianisme qui ne fut pas toujours athée (Voltaire en est l'exemple le plus illustre), et qui se trouvait mêlé à divers mouvements (y compris athées) de lutte contre les dogmes de toute religion.

Athéisme et Islam

Finngeir Hiorth rappelle que « Sans doute il y a des personnes intolérantes dans toutes les religions. Mais l'islam est peut-être la plus intolérante des religions déistes, bien qu'il y ait aussi beaucoup de musulmans tolérants » (source : cahiers rationalistes, avril 1996, n°504, p.17-18). En effet, l'Islam tolère les religions du Livre, mais n'accepte pas l'athéisme ; cette idée s'appuie sur des passages de Coran contre les athées, notamment dans la Sourate 9, versets 2-3 :

Dieu couvre d'ignominie les mécréants. ; « annonce un châtiment douloureux à ceux qui ne croient pas ».

Verset 18 :

Ne peupleront les mosquées de Dieu que ceux qui croient en Dieu et au Jour dernier, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat et ne craignent que Dieu. Il se peut que ceux- là soient du nombre des bien-guidés.

Sourate 48, verset 6 :

Et afin qu'Il châtie les hypocrites, hommes et femmes, et les associateurs et les associatrices, qui pensent du mal de Dieu. Qu'un mauvais sort tombe sur eux. Dieu est courroucé contre eux, les a maudits, et leur a préparé l'Enfer. Quelle mauvaise destination !

Mais il est vrai que la littérature chrétienne propose en très grand nombre des condamnations de l'athéisme au moins aussi virulentes.

Athéisme et paganisme moderne

Comme indiqué plus haut, l'athéisme n'est qu'une question de définition de la notion de divinité. Cela implique que des comportements qui ne se réfèrent pas, en apparence, à une divinité, peuvent (et même parfois doivent, sociologiquement et psychologiquement) s'analyser comme des manifestations religieuses d'adoration d'une divinité.

Plusieurs exemples sont évidents

  • La passion que déchaînent certaines stars peut tout à fait être assimilée à de l’idolâtrie, certains fans consacrant un véritable culte pour leurs « nouveaux dieux ».
  • Les grandes manifestations sportives ou culturelles, avec leurs stars, sont comparables à des offices religieux, et le terme de grand'messe apparait spontanément pour les décrire.
  • Certains écologistes extrémistes se comportent à l'égard de la nature comme si elle était une déesse, sacrée, qu'il faudrait adorer et protéger des profanations.
  • L'humanisme a engendré le même type de discours, l'Homme devenant un nouveau dieu dont il ne faut pas profaner les avatars (chacun des êtres humains).
  • On a parlé, et pas seulement métaphoriquement, des temples de l'argent, nouveau dieu des marchés et notamment des marchés financiers, et analysé les transactions financières comme autant de sacrifices à cette divinité. Ce thème est assez fréquent dans les prêches chrétiens, avec une association avec le "veau d'or" biblique.
  • l'Etat est parfois invoqué comme un dieu (ou un démon, ce qui du point de vue de la divinité ne change rien), il a ses cérémonies, ses prêtres et fidèles (mais aussi ses mécréants).
  • etc. : l'athéisme n'étant qu'une question de définition, de nombreuses autres pratiques peuvent être qualifiées de religions ou de sectes.

Ces multiples pratiques ont leurs "dogmes" (prescriptions et interdits, morale, etc.), leurs "clergé" et "prêtres" (média par exemple), leurs "livres sacrés", leurs "cérémonies", etc. ; leur seul point commun est de ne pas se considérer comme des religions et donc d'éluder la question du statut de l'objet de leurs attentions.

Inversement, on notera que des groupes qui revendiquent eux-même un caractère religieux se voient refuser l'appellation officielle de religion dans certains pays, qui ne voient dans leurs pratiques que des manifestations profanes.

Athéisme et politique

Athée ne signifie pas anti-religieux

Des athées peuvent accepter de coexister avec différentes religions :

  • soit par respect : idée que les messages attribués à Dieu ou aux Dieux synthétisent une vérité anthropologique, médicale, et sociale, et que même si la cause attribuée, la divinité, est absente et fausse, l'effet n'en demeure pas moins réel et par conséquent les prescriptions religieuses sont dignes d'attention (par exemple, les interdits religieux sont parfois validés par des problèmes médicaux causés par leur inobservance, et le message d'amour chrétien a été conservé par nos sociétés).
  • soit par tolérance : idée qu'avec l'éducation, la religion disparaîtra d'elle-même (à l'imitation du christianisme qui pensait qu'avec l'éducation, le judaïsme disparaîtrait de lui-même), et qu'en attendant elle ne justifie pas une lutte.
  • soit par pragmatisme : certains athées ont pu considérer la religion comme un outil social permettant de maintenir une communauté sous leur coupe, l'unité nationale, l'honnêteté des citoyens, etc. C'est le cas de Charles Maurras [1], de Napoléon dans sa mise en œuvre du Concordat de 1802.

note : [1] Charles Maurras, comme conscience se réclamait de l'athéisme. En revanche, il prêchait le catholicisme politique dans son mouvement l'Action Française, c'est-à-dire, que politiquement, il pensait que le catholicisme représentait l'essence de la nation française.

Athéisme et laïcité

Les athées peuvent être prosélytes en se comportant comme de véritables prêtres d'une « a-théocratie » vis à vis de leurs concitoyens. Ce comportement naît soit imposé par la force dans les dictatures communistes soit d'un climat d'athéisme passif au sein d'un pays ayant adopté une laïcité. (ex : France d'après 1905, Turquie kémaliste). Cependant l’assimilation de cette laïcité « déviante » à un athéisme prosélyte est contestable, puisque l'objectif de cette relation entre Etat et religions est originellement le respect égal de chaque conviction spirituelle, sans volonté de favoriser l'athéisme.

Athéisme et régime d'inspiration marxiste

À l'inverse l'athéisme fut instauré comme doctrine d'état officielle au XXe siècle notamment dans l'Albanie d'Enver Hoxha, où l'exercice de toute religion était sévèrement réprimé et où tout symbole religieux était proscrit. Les monuments religieux ont été soit détruits soit volontairement transformés de façon particulièrement ignominieuse pour la religion d'origine. Les politologues sont d'accord sur le fait que les nostalgiques de cette période sont peu nombreux...

L'URSS et ses états satellites ont également fait de l'athéisme l'un des fondements de leur idéologie. Avec plus ou moins de vigueur, ils persécutèrent les croyants (brimades, surveillance, réclusion, mises à l'écart, etc.) confinant ainsi à la semi-clandestiné le clergé. L'« athéisme scientifique » était au contraire promu par des ligues souvent très virulentes (tellement incontrôlables qu'elles furent souvent dissoutes) et faisait partie des matières obligatoitres à l'université. Toutes ces pratiques varièrent en intensité tout au long de l'existence de l'URSS. De 1917 à 1924, le régime eut une politique conciliante envers la pratique privée, alors qu'il démantelait les biens de l'Eglise. Les dirigeants étaient partagés entre la volonté d'enlever "le bandeau qui masquait la vérité au peuple" et la peur de s'aliéner les masses. La fin de la Guerre Civile et l'installation du pouvoir soviétique mit fin à cette tolérance relative. Jusqu'en 1932, le régime mena une politique répressive, marquée par de multiples destructions d'édifices religieux et des persécutions contre les membres du clergé et leur entourage. Les années trente virent un lent regain de l'organisation religieuse, ralenti par un court regain de répression pendant les Grandes Purges (1937-1938). Le changement de politique fut complet lors de la Grande Guerre Patriotique (1941-1945), qui inaugura une période de détente idéologique. Un clergé officiel fut autorisé et la charge de métropolite, abolie depuis 1925, rétablie, tandis que les musulmans recevaient quatre Directions Spirituelles, autorisées à former des mollahs et à publier régulièrement des fatwas. Après-guerre, la politique de promotion de l'athéisme reprit, mais surtout, elle se combina à un durcissement des églises officielles (les Uniates d'Ukraine furent les premiers à en pâtir). Cette divergence entraîna la création d'une hiérarchie officieuse, les « églises souterraines » et « l'islam parallèle » composé des religieux de confréries soufies. Pratiques parallèles comme cultes officiels furent une cible priviligiée de Khrouchtchev à compter de 1959, qui se positionnait ainsi en rétablisseur de la tradition léniniste face aux errances staliniennes. L'ère Brejnev fut une considérable accalmie : un compromis fut trouvé qui reposait sur le rôle des religieux à l'extérieur, notamment dans les relations avec les pays arabes. En revanche, Gorbatchev relança la politique répressive sur des bases idéologiques similaires à celles de Khrouchtchev.

Après la chute du bloc de l'est et de l'URSS, les cultes orthodoxe (Russie, Ukraine), catholique (Pologne), et musulmans (Asie Centrale, Caucase et Tatarstan) reprirent de la vigueur. Non seulement l'expression de la religiosité s'accrut, mais un grand nombre d'athées, souvent pour des raisons identitaires, se convertirent. Certains des régimes politiques issus de la chute du bloc de l'est continuent cependant la politique religieuse mise en place par l'URSS, ou du moins, à l'instar de l'Ouzbékistan, en ont conservé les méthodes.

En dépit de l'affirmation constante de son athéïsme, l'URSS ne cessa d'emprunter à la liturgie orthodoxe. Staline inaugura cette pratique en confiant les funérailles de Lénine (1924) aux bons soins de Krasine, de la secte des « Constructeurs de Dieu ». L'embaumement du défunt avait une forte résonnance orthodoxe : il faisait directement référence à l'imputrescibilité du corps du saint.

Annexes

Dénombrement des athées

Des estimations du nombre d'athées ont été émises :

  • D'après le Britannica Book of Year (1994) : 1 154 millions d'agnostiques et d'athées dans le monde.
  • La World Christian Encyclopedia annonce 1 071 millions d'agnostiques et 262 millions d'athées dans le monde en 2000.
  • Selon l'ouvrage de Jean Baubérot (dir.), Religion et laïcité dans l'Europe des 12, 1994, page 259 : 1/4 de la population de l'Union Européenne serait « non religieuse ». 5% des Européens seraient des athées convaincus.
  • Une enquête menée dans 21 pays sur 21 000 personnes et publiée en décembre 2004 annonce que 25 % des Européens de l'Ouest se disent athées contre 12 % dans les pays d'Europe centrale et orientale.

Toujours selon cette enquête publiée dans le Wall Street Journal version européenne, 4 % des Roumains et 8 % des Grecs se disent athées. Au contraire, 49% des Tchèques et 41 % des Néerlandais se déclarent athées.

Athées célèbres

Antiquité

Épicure, Lucrèce, Horace ne nient absolument pas l'existence des dieux, mais posent seulement qu'ils sont si heureux qu'ils se désintéressent des hommes, d'ailleurs il faut même tout faire pour leur ressembler.

Moyen Âge

Contemporains

Feuerbach (thèses) :

  • L'homme a imaginé un quelque chose doué d'omniscience, d'amour, de toute-puissance, et ce quelque chose il l'a appelé « Dieu ».
  • Dieu est l'être parfait imaginé par l'homme.
  • La religion fait de ce quelque chose une personne dans laquelle l'homme ne se reconnaît plus, l'homme oublie que ce Dieu est simplement une projection : Aliénation
  • Dieu est une escroquerie géniale valorisant l'homme, donnant un sens à sa vie.
  • La religion c'est la relation de l'homme à l'homme qui s'idéalise lui-même.
  • L'homme est un dieu pour l'homme.


Stirner (thèses) :

  • Feuerbach n'est pas athée, il a remplacé Dieu par l'Homme.
  • Dès qu'il y a un principe au-dessus de nous, ce principe est une religion.
  • L'homme est devenu nouveau Dieu, la morale est devenue la nouvelle religion, mais tous les athées sont attachés aux mêmes croyances que les croyants.
  • L'ombre de Dieu plane : c'est la morale. Mais reconnaître la morale c'est reconnaître l'ombre de Dieu, c'est donc reconnaître Dieu.


Marx (thèses) :

  • Le socle de tout est l'économie, tout n'est que lutte des classes.
  • La religion n'est que le reflet de l'économie et de la lutte des classes à un moment donné de l'histoire.
  • Les débats d'idées à coups de livres de Feuerbach et Stirner sont des débats religieux : ils renforcent la religion en se préocupant sur des problèmes qui n'en sont pas.
  • Toutes leurs idées ne sont que le reflet idéologique dépendant d'une infrastructure : L'économie et la lutte des classes.
  • Feuerbach est certain qu'il y a une vérité, or que tout dépend de l'économie.
  • Pour supprimer la religion, il faut un changement économique.

Citations

  • « Lorsque l'on cesse de réfléchir à un dieu, l'on peut enfin penser à tout le reste. » Philosophe italien.
  • « Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve. », Euclide (-300).
  • « Dieu, cet asile de l'ignorance. », Ethique I, Appendice, Spinoza
  • « L'avenir est la seule transcendance des hommes sans Dieu. », L'Homme Révolté, Albert Camus.
  • « On a sans doute de bonnes raisons pour ne pas croire en Dieu ; mais il en faut de meilleures pour le dire. », Œuvres complètes, tome 3, Louis-Ambroise de Bonald.
  • « J'avais une balle dans la poche, quelqu'un m'a jeté la Bible, la balle m'a sauvé la vie. », Powered by Oxygen, Woody Allen.
  • « La seule excuse de Dieu est qu'il n'existe pas. », Stendhal
  • « Le silence de Dieu permet le bavardage de ses ministres qui usent et abusent de l'épithète : quiconque ne croit pas à Dieu, donc à eux, devient immédiatement un athée. Donc le pire des hommes, l'immoraliste, le détestable, l'immonde, l'incarnation du mal.
    Difficile dès lors de se dire athée... On est dit tel, et toujours dans la perspective insultante d'une autorité soucieuse de bannir, mettre à l'écart et condamner. » Michel Onfray, traité d'athéologie.
  • « Expliquer toute chose par Dieu, cela revient à couper court à toute question, à réprimer toute curiosité intellectuelle, à étouffer tout progrès scientifique. » Ibn Warraq
  • « Le médecin voit l'homme dans toute sa faiblesse ; le juriste le voit dans toute sa méchanceté; le théologien dans toute sa bêtise. », Schopenhauer.
  • « L'athéisme est une négation de Dieu et par cette négation, il pose l'existence de l'homme. », Karl Marx.
  • « L'ignorance et la peur, voilà les deux pivots de toute religion. », Baron d'Holbach.
  • « Les religions sont comme les vers luisants: pour briller, il leur faut de l'obscurité. », Schopenhauer.
  • « Il y a ceux qui ont un cerveau, mais pas de religion, et ceux qui ont une religion, mais pas de cerveau. » Aboul-Ala al-Maari (970 - 1059).
  • « Il n'y a pas de dieu, il n'y a pas de dieu, il n'y a pas du tout de dieu. Celui qui a inventé dieu est un crétin. Celui qui propage l'idée de dieu est une canaille. Celui qui adore dieu est un barbare. », introduction aux discours de Periyar.
  • « Supposons que Dieu n’existe pas. D’où vient alors tout le mal dont l’homme est capable ? Vous êtes bien obligé de reconnaître qu’il vient de l’homme et de nulle part ailleurs. Ce qui m’émerveille chez les athées, ou du moins chez certains d’entre eux, c’est que, ayant perdu la confiance en Dieu, ils puissent continuer de la garder en l’homme. », Shafique Keshawjee.
  • « Quand avez vous réalisé que vous étiez Dieu? - Quand, en priant, je me suis soudain rendu compte que je me parlais à moi-même. », Peter O'Toole.
  • « Dieu a longtemps été la meilleure explication disponible, mais nous en avons maintenant de largement meilleures. Dieu n'explique plus rien du tout, mais est au contraire devenu quelque chose demandant une quantité insurmontable d'explications. », Douglas Adams.

Organisations explicitement athées aujourd'hui

Lire aussi

  • Traité d'athéologie : Physique de la métaphysique, Michel Onfray, Grasset 2005, 281 pages, ISBN 2246648017.
  • Athéisme et matérialisme aujourd'hui, Yvon Quiniou, Pleins feux 2004, 60 pages, ISBN 2847290354.
  • Dieu ?, Albert Jacquard, L.G.F., 2004, Le livre de poche, 156 pages, ISBN 2253111473.
  • Nier les Dieux, nier Dieu : actes du colloque / organisé par le Centre Paul-Albert Février à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme les 1er et 2 avril 1999 ; études réunies par Gilles Dorival et Didier Pralon. -- Aix-en-Provence : Publications de l'Université de Provence, 2002.
  • Les athéismes philosophiques (Actes du colloque de Chauvigny, octobre 1999), Emmanuel CHUBILLEAU et Éric PUISAIS éd., Paris, Kimé, 2000, 283 pages, ISBN 2841742172.
  • Histoire de l'athéisme : Les incroyants dans le monde occidental des origines à nos jours, Georges Minois, Fayard 1998, 671 pages, ISBN 2213601305.
  • Dieu est Dieu, nom de Dieu !", Maurice Clavel, Grasset, 1976, 305 pages, ISBN 2246003369.

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