Art

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Le mot art vient du latin ars (habileté, métier, connaissance technique). Le terme grec équivalent, techne (τεχνη), a évolué en sens contraire, ne conservant que le sens de technique. On retrouve ici la classique évolution littéraire des racines latines et scientifique des racines grecques.

Sommaire

Définitions possibles

  1. Dans son sens premier, peu utilisé dans le langage courant, l'art se définit comme une pratique qui met en œuvre l'application de connaissances et d'un savoir-faire en vue d'un objectif. La compréhension du mot artisan rejoint cette définition initiale du mot : l'artisan pratique l'art au sein du métier en utilisant son habileté. L'art, dans ce sens premier, a pour synonyme technique et science appliquée, termes plus largement utilisés. Toutefois, ce sens du mot art, associé à technique, est toujours présent dans certaines expressions telles que « l'art de la médecine », ou « les sept arts libéraux ».
  2. Dans son sens moderne, le plus couramment utilisé, l'art est considéré comme une pratique en vue de la production d'œuvres susceptibles d'exprimer un idéal moral, métaphysique et esthétique. Les six arts traditionnels (architecture, sculpture, peinture, musique, gravure, dessin) correspondent à cette définition.
  3. Ce n'est que tardivement, principalement suite à l'arrivée de nouveaux courants artistiques, tels que le romantisme, le symbolisme et l'expressionnisme, ainsi que par l'invention de nouveaux médiums (photographie, cinéma, informatique) que l'art est considéré comme l'expression et la communication d'émotions et de sentiments au moyen de divers médiums.
  4. On peut aussi voir l'art comme simplement ce qui s'expose (viandes, excréments, cadavres, peintures, prostitués, etc.). Cette définition, sujette à controverses, correspond à l'éclatement des courants postmodernes les plus fous et improbables de ces dernières décennies où l'on remit en question le concept d'esthétisme.

C'est aux définitions deux et trois que correspond le mot artiste. L'application du titre d'artiste à la quatrième définition pose problème puisqu'elle fait en sorte que toute personne qui expose quoi que ce soit pourrait être considérée comme un artiste.

L'art : une forme d'interaction et d'échange

Aujourd'hui, l’art établit une relation qui permet d’englober dans une même interaction, dans un même échange, une œuvre, son créateur et le récepteur, le destinataire de cette œuvre (spectateur, auditeur …). Les différentes formes que peuvent revêtir cette médiation concrétisent certaines relations entre l’homme et la “nature”, c’est-à-dire entre un esprit humain et son environnement. Une pensée à la fois consciente et inconsciente, individuelle et collective, un esprit libre et imaginatif communique avec le monde extérieur. Hegel, dans son Esthétique, a tenté de définir la transcendance de cette relation en posant a priori, que : “Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature [puisqu’il] dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d’une réalité plus haute créée par l’esprit lui-même.” Chercher la vérité derrière l’apparence. Peut-on envisager finalité plus captivante ? L’art devient alors le prolongement de l’action. Cette philosophie de l’action, développée notamment par Hanna Arendt, émerge quand le geste artistique devient l’expérience d’une relation particulière. Aussi l’art ne cherche pas à imiter ou à reproduire, mais à traduire une réalité métasensible. Il peut alors faire poindre le spirituel dans le champ de l’expérience commune.

Art et esthétique

L'art est un jeu avec les apparences sensibles, les couleurs, les formes et les volumes, les sons. Jeu, il l'est de par sa gratuité même. Il est le double inutile du réel, il crée à partir de rien, ou presque, une apparence qui ne prétend pas même nous tromper; jeu plaisant en ce qu'il satisfait nos besoins éternels de symétrie, de répétition et de surprise que Baudelaire considérait comme l'origine de la poésie. Ainsi, le plaisir esthétique naîtrait moins de l'intensité et de la diversité des sensations que de la façon, en apparence spontanée, dont elles expriment une unité profonde, sensible dans leur chatoiement même.

1. La forme comme dynamisme du sensible.

En art du moins, la forme n'est donc pas un principe étranger au contenu, et qui y serait imprimé du dehors, mais la loi de son développement, devenue transparente. Elle n'est pas pensée par le spectateur, ce qui voudrait dire qu'elle est de l'ordre du concept, et donc étrangère à la perception proprement dite, qu'elle ne se donne pas à voir. Valéry pouvait écrire que «la belle architecture tient de la plante. La loi de croissance doit se sentir. De même la loi de ménagement des ouvertures. – Une fenêtre ne doit pas être un trou percé comme par un vilebrequin dans une planche, mais être comme l'aboutissement de lois internes, comme la muqueuse et les modelés des orifices naturels.» Avant d'être transcrite dans la notation, la mélodie existe comme déploiement même du son, exploitation de certaines possibilités insoupçonnées de ce matériau. La couleur ne remplit pas l'espace impressionniste, mais en est la vibration. La poésie ne consiste pas à imposer à la langue une signification préétablie, ni à produire des bouts rimés. Elle laisse plutôt la parole aux mots eux-mêmes, comme si elle n'était le discours de personne. Il s'agit de révéler un mouvement inhérent à une dimension sensible du monde. L'art donne à voir comment le sensible s'engendre: le regard du peintre demande à la lumière, aux ombres, à la couleur «comment ils s'y prennent pour faire qu'il y ait soudain quelque chose, et cette chose» (Merleau-Ponty).

2. Art et attention au sensible.

L'art ne se contente donc pas de copier la nature. Pour autant, il ne se détourne pas d'elle, mais remonte jusqu'à la source. Dans la peinture de Cézanne, rappelle Merleau-Ponty, il ne s'agit jamais de la couleur en tant que simulacre des couleurs de la nature, mais de la dimension de couleur, où notre cerveau et l'univers se rejoignent. L'artiste est sensuel, il aime saisir la personnalité propre, le visage des choses et des matières, comme le petit morceau de mur jaune dont parle Proust à propos de Vermeer. C'est justement parce que la nature morte n'est pas la pomme, mais la présentation de la pomme, que pour la première fois je puis la voir au lieu de la penser ou de la croquer, considérer son aspect, et non son essence ou son utilité. C'est que «l'art de voir (au sens dessin et peinture) est opposé au voir qui reconnaît les objets» (Valéry). Le visible est sensuel, lui aussi: tenu ainsi à distance, il brille pourtant des feux de nos propres désirs. Etre attentif au sensible, c'est encore, comme nous y invite Focillon, étudier les possibilités propres d'un matériau, comme le bois, la pierre, le fil d'encre du calligraphe. Prenons pourtant ici le mot «matériau» en un sens plus large: l'architecture gothique est tout autant faite de lumière, ou de verticalité, que de pierre. D'un point de vue esthétique, le temps et l'espace eux-mêmes sont l'étoffe de l'expérience, comme une langue celle de la pensée. Ce ne sont pas seulement des formes abstraites. Et, certes, l'art ne se contente pas d'explorer les soubassements de l'expérience sensible, il tire de la connaissance intime de cette logique, ou de cette géométrie, des structures et des effets insoupçonnés d'abord.

3. Peut-on encore prendre l'art au sérieux?

Un mot suffira au poète pour unir deux idées en apparence étrangères, en révéler la secrète accointance. La pensée abstraite est unidimensionnelle, l'art est multidimensionnel. «L'artiste, explique Valéry, a accumulé, au moyen de la matière, une pluralité de pensées abstraites, d'actes simples. Mais une même chose en résulte.» C'est dire que l'art fait crédit à notre intelligence, lui présente d'emblée l'unité radicale du monde qu'elle ne peut quant à elle construire que pas à pas, péniblement, indéfiniment. On dira bien sûr que ce triomphe facile est illusoire, que l'artiste prend l'unité propre de son esprit, ou de son corps, pour la structure du réel, que sa pensée est donc plus magique que rationnelle. On peut même défendre l'idée que l'esthétique naît avec cette déception, qui permet de distinguer l'art, jeu subjectif de l'esprit avec lui même, du sérieux de la philosophie et des sciences. L'art ne peut être considéré comme une réalité à part entière qu'avec sa désacralisation. Le Beau n'est ni le Vrai ni le Bien. Ainsi, l'art naîtrait au moment même où il devient un héritage du passé. On peut pourtant, comme Valéry, souligner les affinités du Beau et de la vérité formelle des mathématiques. Une œuvre est un univers fermé, qui vaut en soi, avec ses lois propres; elle constitue le lieu de différentes variations et transformations, analogues finalement aux propriétés d'un ensemble mathématique. Mais n'est-ce pas surtout constater que les mathématiques sont elles aussi un jeu ? L'art a, sur le plan éthique, à voir avec l'idée de maîtrise de soi, d'indépendance et de distance à l'égard des passions. Non que l'art ignore les passions, mais plutôt parce qu'il les sublime et les donne à voir. Il ne s'agit pas de nier la foule de nos perceptions et de nos désirs, mais de les intégrer dans un tout, quand ils menaçaient notre unité. A lire Alain, le chant triomphe du cri, la danse de la passion; ces mauvais plis ne sont plus que les touches d'un instrument que nous effleurons librement. La mélopée transforme la peine, qui nous déchire, en un bel objet symétrique. L'œuvre d'art prend au piège les passions, révèle ce qu'il y a en elles d'éternel, en fait la matière d'une sorte de géométrie ou d'algèbre. L'art n'est donc certainement pas effusion passionnelle. Il est affirmation de la liberté du jeu au sein de la passion, par là même distanciation. Comme l'humour, il dépersonnalise la passion, la donne à voir du point de vue d'un être qui lui serait étranger. Ainsi la tragédie nous permet de contempler l'existence des hommes, leur agitation, comme au passé, c'est-à-dire du point de vue des Dieux. Pour autant, nous ne devenons pas étrangers aux passions, par exemple à la peur de la mort. C'est d'elles que le spectacle tire sa puissance de fascination.


Si la notion de "beau" artistique qui a dominé l'histoire de l'art, depuis Platon jusqu'à Hegel, a perdu aujourd'hui de sa reconnaissance; l’art cherche néanmoins toujours à utiliser le monde des sens pour pénétrer dans un monde de l’esprit, ou peut-être même dans celui de l’âme. Ce faisant, l’immanent point derrière le permanent. L'artiste essaye de prouver que le potentiel humain ne se réduit pas à la transformation, mais qu’il a conquis la dimension de la création. Dans ce sens tourné vers l'esthétique, l'art est une représentation particulière, personnelle, de la nature (entre physique et métaphysique), d'un sentiment, du sacré… mais aussi, tout simplement d'un inconscient surgit spontanément, voire consciemment (hypothèse du profondis).

Mais peut-être faut-il remettre en question la notion de "représentation" si l'on veut saisir celle de beauté ? L'oeuvre d'art ne vit pas de son rapport plus ou moins adéquat au réel, mais des affects qu'elle produit  ; par exemple, les toiles de Munch ne représentent pas une forme de tristesse, mais produisent la tristesse. Et c'est peut-être parce qu'elle est productrice d'affects, et qu'elle est à elle seule un "monde", que l'oeuvre d'art est belle (ainsi, on pourrait dire que même l'art contemporain est "beau" quant on a suivi l'initiation et le parcours de son artiste):

C'est la grande difficulté des arts de notre époque, ils sont souvent liés par des directions intellectuelles et d'expérimentations qui ne peuvent certainement pas être lisibles directement et sans connaissances de leurs historiques: ce sont des friches de découvertes qui deviendront peut-être de vraies oeuvres aux yeux des machines humanisées (post-futurisme). Jamais une oeuvre jeune n'est comprise sans avoir assimilée sa généalogie. Cependant on remarquera au tort du terme "art" d'être trop universellement appliqué à toute médiatisation spectaculaire.

               L'art n'est-il qu'un spectacle humain et éternel ?  

En fait, l'expérience unique de l'artiste, vivant d'expérimentations, d'abstractions et d'intuitions le conduit à passer des étapes de "lisibilités" et de jugements de moins en moins personnelles. Il n'a plus la notion de bien/mal ou beau/laid car ce qu'il vit est au-delà d'une communication ordinaire: il absorbe et compresse par ses sens une réalité vécue habituellement comme des notions d'objets et de rapports tangibles. Or l'artiste travaille justement dans l'illimité, le potentiel et l'indescriptible. Il est porté à avoir une action de plus en plus directe (passées les étapes d'apprentissages et d'essais techniques...), qui le pousse à continuer une recherche encore "innommable".

Mais la perception d'une oeuvre d'art est souvent une "leçon" donnée et perçue directement en nous. (Le vrai du faux est conditionné par un niveau d'intuition ressentie et donc surtout comme un point de rupture avec le quotidien).

Le facteur esthétique est souvent un élément confondu avec l'oeuvre. Notre oeil est habitué à une Proportion et à des constantes d'équilibres communes aux humains, mais l'oeuvre n'est pas faite pour être belle (on parlera alors de graphismes), mais pour trouver un point de rencontre entre ce que l'artiste a perçu comme une existence réelle possible, et le quotidien. Elle est comme un tunnel emportant nos pensées.

                En soi tout est beau, et le jugement disparait. 

Ou quelques oeuvres nous sont belles; et nous ne voyons que ce que nous pouvons nous représenter dans le canal (ou le niveau) de notre capacité à s'abstraire.

Art et sacré

Une des premières formes de représentation, l'art rupestre (époque préhistorique) aurait été, à la fois la représentation icônique d'animaux, mais aurait possédé aussi, une dimension magique, voire sacrée, censée apporter à l'homme un pouvoir supérieur. Dès lors, l'art transcendait la réalité, et détruisait la monotonie(?) du quotidien après les nombreux moments risqués et pénibles pour subsister et survivre. L'art apparait dès l'aube de l'humanité qui déposa une représentation sur les parois des cavernes, sacralisa les événements, et aida l'homme à survivre, en transcendant sa pensée et ses besoins vitaux...

Arts et représentations

Depuis, les différentes formes d’art concrétisent toute forme de médiations : médiations entre l’homme et la nature, entre l’homme et ses semblables, voire entre l'homme et Dieu ou d'autres formes de sacré. Ces médiations artistiques dépassent et transcendent tous les problèmes de la connaissance du monde. L’étude des phénomènes physiques et l’évolution des technologies y jouent un rôle important, puisqu’elles influencent souvent les outils de création. Une expérimentation artistique, parallèle à l’expérimentation scientifique, vient ainsi fonder l’élaboration d’une nouvelle esthétique, soutenue par la place croissante des techniques dans la vie quotidienne. L'art pourrait donc servir à reproduire des concepts éternels conçus ou imaginés par la seule contemplation. L'origine de l'art provient bien de la connaissance des idées et des choses, mais transcende cette connaissance pour la présenter autrement, devenant de ce fait représentation. Si tant est que l'art se fixe des objectifs (ce qui va bien sûr contre sa nature), un des buts marquants de l'art serait donc de communiquer la connaissance profonde acquise non seulement par les sens, mais aussi par l'esprit. L'art de pure imitation sera toujours très loin du "vrai" : l'œuvre ne peut être aussi belle que la chose réelle ; elle est d'un autre ordre, et n'en saisira jamais qu'une toute petite partie. L'imitation de la nature ne traduit jamais son niveau de beauté, cependant que la représentation artistique dévoile un absolu propre à l'artiste, une vérité de notre espace naturel et inimitable puisque personnel.

Histoire et évolution de l'art

Au Moyen Âge, la musique conservait un statut scientifique (quadrivium), tandis que l'architecture, l'art des bâtisseurs de cathédrales, et la peinture, représentations des icônes, étaient principalement dévolus à la religion ; mais très vite la vie sociale y fut insérée, et le portrait vint s'immiscer pour extrapoler les formes de l'art vers des formes de représentation de la vie sociale, en le réservant à des personnages importants (cf les théories sociologiques de Max Weber et la naissance d'une sociologie de la musique). Depuis, art et société sont fortement liés. L'artiste s'intègre dans des mouvements sociaux, les accompagne, et survit grâce aux bon vouloir des riches et des puissants.

Naissance de l'esthétique

À partir du XVIIIe siècle, l'art tend à devenir l'ensemble des activités humaines consacrées à la production du beau, l'ensemble des représentations qui expriment la beauté de la nature, la beauté des personnages, mais révélant aussi la part de transcendance de chacune de ces représentation de la réalité. C’est en effet à partir du milieu du XVIIIe siècle (Esthétique d’Alexandre Baumgarten, 1750) que se dessine une science autonome de l'art, qui va plus loin que le foisonnement de la représentation, encourageant une réflexion sur le beau et sur la valeur des représentations artistiques. Cette science de l'esthétique, une des disciplines de la philosophie, atteint sa pleine apogée chez les philosophes de l’esprit des lumières et dans les révolutions phénoménologiques de Kant puis de Hegel.

-- Kant estime qu'une œuvre d'art doit fournir un objet sensible, qu'il soit lui-même beau ou laid importe peu au final : « la beauté artistique est la belle représentation d'une chose et non la représentation d'une belle chose ». Cette représentation est selon lui le résultat du libre jeu de nos facultés cognitives.

-- Hegel, quant à lui, estime que le but de l'art est de rendre accessible à l'intuition l'esprit universel. Il s'agit de prendre conscience du développement de l'idée universelle et de lui donner une réalité en la retranscrivant sous forme d'œuvre d'art. La contemplation de l'œuvre, et donc de l'incarnation de l'esprit absolu, s'offre ainsi à l'intuition sensible de l'homme.

Proche de Hegel sur certains points, le romantisme ne voit plus la représentation de la beauté seulement comme une empreinte ; ce courant fonde ce qui deviendra une interprétation subjective de l’art, interprétation confrontée à toutes les strates de la société.

Pour Friedrich Nietzsche, « l'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous même tolérables aux autres et agréables si possible ». Car, si l'œuvre doit exprimer de la beauté, est-elle pour autant belle à tous les regards ? Ces limitations, associées à la vue esthétique de l'autre, imposent une forme de civilité qui peut nous modérer dans notre expression artistique.

Imitation et représentation

Mais cette production n'est pas obligatoirement de nature volontaire. Contrairement aux autres productions humaines, l'acte de création se situe le plus souvent hors du champ de la conscience. Il nous permet d'accéder à une communication du spirituel, de l'intemporel, de l'universel. Nietzsche pense également que l'art doit servir à masquer ou à embellir tout ce qui est laid dans la nature humaine. Pourtant, aujourd'hui, certains arts nés de la modernité, tel le cinéma, cherchent autant à embellir la nature humaine, qu'à mettre en évidence toute sa noirceur dans l'espoir peut être d'en extraire les germes de l'incompréhension et de l'intolérance. Le cinéma, en limite de l'art, donne à voir des crédibilités quotidiennes, qui mettent à jour, comme le roman, mais en plus restreint, une expérience humaine que nous ne saurions découvrir autrement (reportage=performance?).

Cette logique conduit l’art vers une nécessité, vécue de l’intérieur par l'artiste. La musique, plus que “l’art d’organiser les sons” reflète l’expression d’une entité sonore “autre”, d’une forme irréelle et non conceptualisable de la communication ; elle est une imagination totale, qui réunit à la fois de nouvelles représentations et une conception neuve de leur construction. Comme les autres arts, elle exprime le rationnel et l'irrationnel, mais en s'écartant du mythe ou de la magie. Tous les processus créatifs opèrent, par l’esprit même qui les guide, une catharsis qui garantit un dépassement des limites posées à la connaissance du monde. La symbiose sensorielle qui nourrit l’action créatrice n’est que la forme élémentaire de la représentation qui infère l’imaginaire.

En tant qu’approche différente, plus tournée vers l’esprit que vers la pensée, l’art doit inéluctablement déboucher sur le prolongement de l’œuvre d’une nature dominatrice et confinée à des transformations évolutionnistes. Tentant de s’affranchir de ces limites de la pensée humaine l’art retrouve la substance spirituelle, quasi mystique, quasi magique, de la création. Cette volonté d’apaiser notre soif de connaissance n’est pas obligatoirement malsaine. Mythe et magie ne sont pas foncièrement des échappatoires aux manques de rationalité des événements qui nous entourent, même s’ils sont, pour certains, des aveux de faiblesse, des limitations transfigurées. Ils peuvent parfois marquer aussi la recherche d’une spiritualité absente. L’art en revanche est lui toujours une nécessité d’exprimer le monde de cette façon-là. Il ne cherche pas à remplacer la réalité par une autre entité de meilleure consistance ; il ne cherche pas non plus à transgresser des limites inhérentes à notre nature, mais il cherche à les transcender. L’art cherche à utiliser le monde des sens pour pénétrer dans un monde de l’esprit, ou peut-être même dans celui de l’âme. Ce faisant, l’art cherche l’immanent derrière le permanent. Il essaye de prouver que le potentiel humain ne se réduit pas à la transformation, mais qu’il a conquis la dimension de la création. L'objet de l'art pourrait donc reposer sur la mise en communication de nos sens, de notre conscience et de notre esprit, avec les choses et les autres êtres vivants qui nous entourent, sans pour autant les représenter à l'identique. Pour Tolstoï en effet, « l'art est l'activité humaine par laquelle une personne peut, volontairement, et au moyen de signes extérieurs, communiquer à d'autres les sensations et les sentiments qu'elle éprouve elle-même ». Il peut n'être pas nécessaire que cette communication avec l'extérieur soit immédiate. Bergson estime que si cette communication entre notre conscience et la réalité était possible, « nous serions tous des artistes car notre âme vibrerait alors continuellement à l'unisson de la nature ».

Art contemporain

C'est dans cet esprit que l'art contemporain, en se détournant des représentations, a voulu exprimer les outils de connaissance, les principes propres à l'art. Ce détournement de la fonction de l'art relève alors d'une appropriation des outils pour construire une autre forme de communication, toujours proche du monde sensible, mais empreinte d'une logique non formelle.

Le peintre Dubuffet, théoricien de l’art brut qui travailla la matière pour en dégager l’essence même de l’œuvre d’art, écrivait : «L’art doit naître du matériau et de l’outil et doit garder la trace de la lutte de l’outil avec le matériau. L’homme doit parler mais l’outil aussi et le matériau aussi.»

Toute la complexité de l'art est qu'il cherche à correspondre à la création d'une œuvre singulière, susceptible d'éveiller l'attention. La nouveauté, l'innovation, dans le fond comme dans la forme, sont les moteurs de l'évolution. La créativité de l'artiste ne peut être bridée par les règles de convenance, de politesse, de mode d'exposition imposées de l'extérieur (hier par les traités, aujourd'hui par les acteurs du marché de l'art). Dans cet état de fait, l'art financé par la société est probablement un art qui ne peut exprimer entièrement sa générosité, du fait même qu'il soit acheté par quelques initiés.

«L'art est une recherche permanente de l'expression humaine primordiale. Le beau traduit une idée d'une œuvre qui dépasse l'homme. Tant que notre ignorance nous cache la totalité de ce qui se fait, se montre et se pratique, nous sommes candides et le beau est une fleur. Lorsque l'artiste s'exprime dans le sens de voir autrement ce qui paraît, il aide à progresser dans notre compréhension réciproque de l'autre.» AkoZ°om]

«L’Art est tour à tour, la réalité extérieure, la réalité plastique et la réalité intérieure». René Huyghe.


Nombre et nom des arts au cours des temps

Antiquité

Dans l'antiquité, les arts étaient symbolisés par les muses au nombre de 9 :

Moyen Age

Au Moyen Âge, la classification était différente et on ne distinguait pas les arts des sciences.

Les « arts libéraux » étaient au nombre de sept, classés en deux groupes :

  • le trivium : rhétorique, grammaire et dialectique ;
  • le quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie et musique ;

Les « arts mécaniques » désignaient l'architecture, la sculpture, la peinture et l'orfèvrerie.

L'époque des Lumières

Plus tard, le terme « beaux-arts » est apparu en 1752 dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et désignait exclusivement les quatre arts qu'on appelle plastiques de nos jours : architecture, sculpture, peinture et gravure. À noter que l'Académie des Beaux-Arts comporte aujourd'hui sept sections : les quatre beaux-arts classiques, la composition musicale, le cinéma et l'audiovisuel et une section libre.

Hegel, dans son Esthétique, classe les arts selon une double échelle de matérialité décroissante et d'expressivité croissante. Il distingue ainsi six arts, dans cet ordre :

  1. architecture
  2. sculpture
  3. peinture
  4. musique
  5. danse
  6. poésie

Les temps modernes

Le Septième art est une expression proposée en 1912 par Ricciotto Canudo pour désigner l'art cinématographique.

Ricciotto Canudo était un intellectuel italien, installé en France, ami d'Apollinaire, qui fut l'un des premiers critiques de cinéma. Il écrivit un premier livre en 1911 qui s'intitulait « La naissance du sixième art », dans lequel il considérait que le cinéma réalisait la synthèse des « arts de l'espace » (architecture, peinture et sculpture) et des « arts du temps » (musique et danse), soit 5 avant lui.

Puis avait-il lu Hegel entre temps ? il ajouta la poésie comme art fondateur et écrivit Le manifeste des 7 arts qui a consacré l'expression « 7e art » pour le cinéma. En 1922, il fonda la Gazette des sept arts qui est une des premières revues de cinéma.

À noter que Jean Cocteau, qui appelait le cinéma la « dixième muse » a eu moins de succès.

Tantôt le théâtre (ou « jeu de l'acteur »), tantôt la photographie, la huitième place est assez disputée mais revient en général à la télévision, bien que les professionnels se réclament peu de cette expression. On pourrait s'accorder à dire que le huitième art est « l'art de la prestation ».

Enfin, l'expression « neuvième art » est aujourd'hui consacrée pour la bande dessinée. Son auteur en est sans doute Francis Lacassin qui publia en 1971 Pour un neuvième art, la bande dessinée.

Quant au dixième art, la place est disputée et les propositions sont nombreuses : jeu de rôle, internet, art numérique, jeu vidéo et modélisme sont parmi les plus sérieuses. Mais c'est actuellement le modélisme ferroviaire suisse allemand qui semble remporter le plus de suffrages pour représenter le dixième art.

Mouvements artistiques


Les œuvres fondamentales

Peintures

Voir aussi : les Chefs-d'œuvre de la peinture

Sculptures

Voir aussi

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Liens externes

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